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    >Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Les mythes et la mythologie > L’exégèse antiquaire des rituels

    Pausanias, VIII, 34, 1-3

    (trad. M. Jost)

    Contexte : Visitant la Grèce au IIe s. de notre ère, Pausanias rapporte une grande quantité de récits « étiologiques » touchant principalement à des épiclèses divines, à des lieux-dits, à des statues ou des sanctuaires. Sans appliquer une stricte méthode « historique » au sens où nous l’entendons, il lui arrive néanmoins d’introduire des notations critiques par rapport aux récits qu’il rapporte et d’insérer une gradation dans ses critères d’évaluation, entre le véridique, le vraisemblable, l’incroyable. La juxtaposition peut donc se doubler d’une hiérarchisation. Ce n’est pas le cas du texte suivant, où il se contente de rapporter le récit étiologique de la fondation d’un sanctuaire. Ce texte est intéressant dans la mesure où il montre une appropriation locale, arcadienne en l’occurrence, du mythe d’Oreste, largement panhellénique par ailleurs.

    "En sortant de Mégalopolis pour aller à Messène, quand on a progressé de quelque sept stades, il y a à gauche de la route un sanctuaire pour des déesses. On appelle les déesses elles-mêmes, mais aussi le territoire alentour du sanctuaire, Maniai (les Folles). C’est, à mon avis, une épiclèse des déesses Euménides, et l’on dit qu’Oreste après le meurtre de sa mère devint fou à cet endroit. Non loin du sanctuaire, il y a une butte de terre de médiocre importance avec, pour couronnement, un doigt fait de pierre, et d’ailleurs cette butte a pour nom « le monument du doigt ». C’est là, selon la tradition, qu’Oreste, ayant perdu la raison, se coupa avec les dents un doigt d’une de ses mains. À côté de cet endroit s’en trouve un autre appelé Akè (les Remèdes), parce qu’Oreste y trouva la guérison de son mal. On a aménagé là aussi un sanctuaire pour les Euménides. Ces divinités, au moment de faire perdre la raison à Oreste, lui seraient, dit-on, apparues noires, mais après s’être coupé le doigt avec les dents, il les aurait de nouveau vues blanches et aurait retrouvé ses esprits à ce spectacle; c’est ainsi qu’il offrit un sacrifice expiatoire aux premières pour détourner leur colère et un sacrifice propitiatoire aux secondes, les blanches. L’usage est de sacrifier aux Charites en même temps qu’à elles."
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