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    >Modules > Démocratie grecque > Démocratie à l'intérieur, empire à l'extérieur > Les finances

    Thucydide, I 115, 2-117

    2 Cinq ans après, une guerre survint entre Samiens et Milésiens, à propos de Priène. Les Milésiens, ayant le dessous, vinrent à Athènes se plaindre bien haut des Samiens. Ils furent soutenus dans leur démarche par certaines personnes de Samos même, qui souhaitaient un renversement du régime. 3 Les Athéniens firent donc voile vers Samos avec quarante vaisseaux ; ils y établirent la démocratie, y prirent comme otages cinquante enfants samiens et autant d’hommes, qu’ils installèrent à Lemnos ; puis ils se retirèrent en laissant une garnison. 4 Mais il y avait certains Samiens qui, n’acceptant pas la situation, s’étaient réfugiés sur le continent : s’étant entendus avec les citoyens les plus considérables restés en ville, et avec Pissouthnès, fils d’Hystaspe, alors maître de Sardes, ils formèrent une alliance et, après avoir réuni quelque sept cents auxiliaires, ils passèrent à Samos à la nuit tombante. 5 Là, ils commencèrent par soulever les gens contre les démocrates et s’assurèrent de leurs personnes à presque tous; puis, après avoir furtivement repris leurs otages à Lemnos, ils rompirent avec Athènes, et livrèrent à Pissouthnès les hommes de la garnison athénienne, ainsi que les représentants athéniens en fonction chez eux, et ils se préparèrent aussitôt pour marcher contre Milet. Byzance s’associa, elle aussi, à leur défection. CXVI. A cette nouvelle, les Athéniens partirent pour Samos avec soixante navires; seize, en fait, ne furent pas engagés (ils étaient en route, au moment de l’action, les uns pour la Carie, où ils allaient guetter la flotte phénicienne, les autres pour Chios et Lesbos, où ils réclamaient des renforts) ; mais, avec quarante-quatre navires, placés sous le commandement de Périclès et de neuf autres, ils livrèrent combat devant l’île de Tragia contre soixante-dix navires de Samos, dont vingt transports de troupe (le tout, au moment de l’action, arrivant juste de Milet): la victoire resta aux Athéniens. 2 Plus tard, ils reçurent en renfort quarante navires athéniens, plus vingt-cinq de Chios et Lesbos. Alors, ils débarquèrent, puis, l’emportant sur terre, ils assiégèrent la ville avec une triple fortification, ainsi que par la mer. 3 Mais Périclès préleva soixante navires au mouillage et partit en hâte pour Caunos et la Carie, sur la nouvelle qu’une escadre phénicienne se dirigeait contre eux: c’est que Samos, de son côté, avait fait partir Stésagoras et quelques autres, avec cinq navires, en quête de la flotte phénicienne. CXVII. Les Samiens en profitèrent pour faire, par surprise, une sortie sur mer; fonçant sur le camp athénien qui était sans protection, ils détruisirent les vaisseaux d’avant-poste, livrèrent contre ceux qui vinrent leur faire face un combat victorieux et s’assurèrent la maîtrise de la mer en face de la ville pendant environ quatorze jours, au cours desquels ils firent entrer et sortir ce qu'ils voulaient. 2 Mais, au retour de Périclès, le passage leur fut de nouveau interdit par la flotte. Après quoi, il arriva d’Athènes de nouveaux renforts: c’étaient les troupes de Thucydide, Hagnon et Phormion, soit quarante navires, celles de Tlèpolémos et Anticlès, soit vingt navires, et aussi trente, qui venaient de Chios et Lesbos. 3 Les Samiens se livrèrent bien à un bref combat naval, mais, incapables de tenir,  ils capitulèrent au neuvième mois de siège et se rangèrent à un accord : ils abattaient leurs fortifications, fournissaient des otages, livraient leur flotte et se faisaient assigner une somme à acquitter en plusieurs fois pour couvrir les frais de guerre. Byzance traita, elle aussi : elle redevint sujette comme auparavant.

    [trad. J. de Romilly]

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