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    >Modules > Sources écrites de l'Egypte ancienne > Les belles-lettres : reflets de la société > Textes narratifs : Le paysan éloquent ou l'Oasien

    L'Oasien, suppliques 3 et 4

    Le grand intendant Rensi avise le roi
    "Or cet oasien tenait ce discours au temps de la Majesté du roi Nebkaourê, et le grand intendant Rensi, fils de Mérou, alla devant le roi, disant "Mon seigneur, j'ai découvert un de ces oasiens, beau parleur en vérité: il a été volé par un homme qui est à mon service, et le voici qui est venu me supplier à ce sujet.". Sa Majesté répondit: "Aussi vrai que tu désires de me voir en bonne santé, traîne-le en longueur, sans répondre à tout ce qu'il pourra dire. Et pour qu'il continue à parler, reste silencieux. Puis, que ses paroles nous soient apportées par écrit afin que nous les entendions. Assure cependant l'entretien de sa femme et de ses enfants.… »

    Troisième supplique :

    « Réprime le voleur, protège le misérable, ne sois pas un flot contre le suppliant. Prends garde à l'approche de l'éternité! Désire vivre plus longtemps selon le proverbe: "C'est le souffle des narines que de pratiquer l'équité." Punis celui qui mérite d'être puni, et personne n'approchera de ta rectitude. Est-ce que la balance à main dévie? Est-ce que la balance à support penche d'un côté? Est-ce que Thot se montre complaisant?
    Ne réponds pas au bien par le mal.
    Ne dis pas des mensonges, car tu es grand. Ne sois pas léger, car tu es un homme de poids. Ne dis pas de mensonges, car tu es la balance. Ne perds pas l'aplomb, car tu es la rectitude. Toi, tu ne fais qu'un avec la balance: si elle penche, tu pencheras toi aussi. Ne dérive pas quand tu manies le gouvernail, et tire ferme (?) sur la corde du gouvernail. Ne prends pas ; tu dois agir contre celui qui prend. Ce n'est vraiment pas un grand qui est avide. Ta langue est le peson, ton cœur est le poids, tes lèvres sont les bras (de la balance). Si tu voiles ta face contre l'arrogant, qui donc réprimera la bassesse?
    Toi , tu es un misérable blanchisseur, au cœur avide, qui fait du tort à un ami, qui abandonne un de ses proches pour de un de ses inférieurs ; celui qui vient lui apporter (quelque chose), c'est son frère.
    Toi, tu es un passeur qui (ne) fait traverser (que) celui qui a de quoi payer le prix du passage, un juste dont la justice est réduite à néant.
    Toi, tu es comme un chef des magasins qui ne laisse pas passer volontiers l'indigent.
    Toi, tu es un faucon pour les vanneaux, vivant sur les plus faibles des oiseaux.
    Toi, tu es un cuisinier, dont c'est la joie de tuer (des animaux) sans que leur mutilation puisse lui être reprochée. »

    Quatrième supplique :

    « Alors cet oasien vint pour le supplier une quatrième fois. L'ayant trouvé qui sortait du portail du temple d'Arsaphès, il dit: "O loué, que te loue Arsaphès, du temple de qui tu es venu! Le bien a péri; il n'y a (par contre) personne qui puisse se flatter (?) d'avoir précipité le dos du mensonge à terre. Si le bac est (déjà) rentré, par quel moyen alors traverse-t-on? La chose doit se faire, (même) à contre-coeur? Traverser le fleuve sur des sandales, est-ce une bonne (manière de) traverser? Non. Qui donc dort (encore) jusqu'au jour? C'en est fini de marcher pendant la nuit, de circuler pendant le jour, de permettre à un homme de se lever pour (défendre) son bon droit.
    Vois, il ne sert à rien à quelqu'un de te dire ceci: "La pitié a passé à côté de toi : combien est à plaindre le misérable qui est détruit par toi.". Car tu es comme un chasseur qui s'en donne à cœur joie et s'occupe (exclusivement) à faire ce qu'il aime, qui harponne les hippopotames, transperce les taureaux sauvages, attaque les poissons, prend au filet les oiseaux. Il n'y a pas d'homme prompt à parler qui soit exempt de précipitation, pas d'homme ayant un cœur léger qui soit pesant quand il s'agit de ses passions. Sois bienveillant et cherche à connaître la vérité. Sois maître de ce que tu choisis, de façon que celui qui est introduit silencieusement (près de toi) soit satisfait. Il n'y a pas d'homme au caractère impétueux qui pratique la vertu. Il n'existe pas d'homme emporté (dont) le bras soit recherché.
    Quand les yeux voient, le cœur peut être réjoui. Ne sois pas tyrannique dans la mesure où tu es puissant, afin qu'un jour le malheur ne t'atteigne pas toi-même. Néglige une affaire, alors qu'elle deviendra pire. C'est celui qui mange qui déguste; celui auquel on s'adresse répond; c'est celui qui dort qui voit un songe; quand au juge qui mérite d'être puni, il est un modèle pour celui qui agit mal. Fou, vois, tu es rattrapé. Ignorant, vois, tu es interrogé. Toi qui vides l'eau, vois, on a réussi à pénétrer près de toi. Timonier, ne laisse pas ton bateau aller à la dérive. Dispensateur de vie, ne permets pas qu'on meure. Destructeur, ne permets pas qu'on soit détruit. Ombre, n'agis pas comme le soleil. Lieu de refuge, ne permets pas que le crocodile enlève (la proie qu'il convoite).
    La quatrième fois que je t'adresse une supplique, vais-je donc passer à cela tout mon temps?"
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