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    >Modules > Guerre sur terre et sur mer aux époques classique et hellénistique > Guerre sur mer > Les techniques du combat naval

    Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 83, 5-84, 3

    Pour résister au diekplous, la flotte péloponnésienne se forme en cercle à la bataille de Patrai

    "Les Péloponnésiens formèrent leurs unités en un cercle, aussi grand qu'ils pouvaient le faire sans prêter aux percées, avec, dehors, la proue, et la poupe en dedans ; les embarcations légères qui les accompagnaient trouvèrent place à l'intérieur, ainsi que cinq trières particulièrement aptes à manœuvrer : elles étaient ainsi tout près pour surgir à l'appui des autres là où pourrait donner l'adversaire.
    Cependant, les Athéniens, rangés sur une seule file, décrivaient autour d'eux des cercles et les enfermaient dans un espace réduit, en ne cessant de les longer au plus près et en suggérant l'impression d'une attaque imminente. – En fait, Phormion les avait avertis de ne pas engager le combat avant qu'il n'eût, en personne, donné le signal. D'après ses prévisions, en effet, l'ordre observé par l'adversaire ne serait pas gardé comme il pouvait l'être sur terre : les navires se heurteraient les uns aux autres, tandis que les embarcations légères créeraient du désordre ; et, si le vent se mettait à souffler du golfe, comme il l'escomptait justement en décrivant ces cercles et comme cela se produisait habituellement vers l'aurore, ils ne connaîtraient pas un instant de paix. Aussi jugeait-il que l'engagement dépendait de lui, à son heure, puisque ses navires manoeuvraient mieux ; et c'était là le moment propice. – Quand, cependant, vint le temps où le vent se mit à souffler, tandis que les navires, désormais enfermés sur un espace réduit, cédaient à la double action du vent et des embarcations légères, conjugués pour les mettre en désordre, qu'ils se heurtaient entre eux et se repoussaient à coup de gaffe, qu'à force de cris, d'avertissements et d'insultes réciproques, les gens n'entendaient rien ni des consignes transmises, ni des directives des chefs de nage, et qu'inexpérimentés comme ils l'étaient, ils étaient incapables, par mer agitée, de tenir les rames hors de l'eau, empêchant ainsi les navires d'obéir aux pilotes – alors saisissant ce moment précis, Phormion donna le signal. Les Athéniens tombent sur l'ennemi ; ils coulent d'abord un des navires-amiraux puis se mettent à détruire les autres, de quelque côté qu'ils se tournent, les réduisant à cette condition de ne pouvoir pas une seule fois, vu le désordre, donner la mesure de leur valeur, avant de prendre la fuite vers Patrai et vers Dymè en Achaïe."
    Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 83, 5-84, 3.
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