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    >Modules > Guerre sur terre et sur mer aux époques classique et hellénistique > Période hellénistique et poliorcétique > La poliorcétique hellénistique

    Diodore, Bibliothèque historique, XVII, 43, 7 - 44, 5

    Lors de siège de Tyr par Alexandre le Grand (332 av. J.-C.), les Tyriens mettent tout en oeuvre pour empêcher la prise de la ville.

    "Les Macédoniens faisaient avancer des tours élevées, aussi hautes que les remparts, qui leur permettaient de jeter des ponts-volants d'où ils montaient hardiment sur la courtine. Mais, grâce au génie inventif de leurs mécaniciens, les Tyriens eurent les moyens de soutenir l'assaut. Ils avaient forgé en effet des tridents de bonne longueur, garnis de crocs, dont ils frappaient les soldats juchés sur les tours, en les lançant à la main. Quand ils avaient fiché dans le bouclier d'un soldat ennemi ce harpon auquel était attaché un câble, ils saisissaient le câble et tiraient à eux. Il fallait alors ou bien lâcher son bouclier et être blessé (car on avait le corps découvert et l'ennemi lançait une grêle de projectiles) ou bien garder son bouclier par crainte du déshonneur : mais on trouvait alors la mort en tombant du haut de tours élevées. D'autres Tyriens jetaient des filets de pêcheur sur les soldats qui combattaient sur les ponts-volants, les empêchant ainsi de se servir de leurs mains. Puis, les tirant à bas, ils les faisaient rouler du haut du pont-volant jusqu'à terre.
    Pour faire pièce à la bravoure des Macédoniens, ils mirent au point une autre invention ingénieuse qui leur permit d'infliger aux ennemis les plus vaillants un terrible supplice sans aucun remède. Ils fabriquèrent, en effet, des boucliers de bronze et de fer, qu'ils remplissaient de sable et faisaient chauffer à grand feu, de façon continue, portant ainsi le sable à l'incandescence. A l'aide d'une machine, ils lançaient ce sable sur les plus hardis combattants et infligeaient les maux les plus terribles à ceux qui étaient atteints. En tombant, le sable se glissait en effet sous les cuirasses et les vêtement, endommageant les chairs par sa chaleur excessive, sans qu'il fût possible de secourir les infortunés.Aussi poussaient-ils toutes sortes de cris de supplication, comme les gens que l'on soumet à la torture. Mais il n'y avait personne pour venir à leur secours, tandis que la souffrance effrayante qu'ils enduraient les faisait tomber dans une sorte de folie furieuse : ils mouraient affligés d'un mal sans ressource qui inspirait la pitié.
    En même temps, les Phéniciens jetaient des brandons enflammés et lançaient des pierres et des javelots, accablant sous une grêle de projectiles leurs valeureux adversaires. A l'aide de perches munies de faux, ils sectionnaient par en-dessous les câbles de suspension des béliers et rendaient ces machines inutilisables. A l'aide de leurs machines incendiaires, ils projetaient aussi d'énormes masses de métal incandescent sur les attroupements ennemis, sans manquer leur cible, étant donné la presse. Grâce à leur corbeaux et à leurs grappins de fer, ils enlevaient d'autre part les soldats qui se tenaient derrière les mantelets. L'abondance de la main d'oeuvre leur permit ainsi de rendre inefficaces toutes les machines ennemies et de tuer beaucoup d'assaillants."
    Diodore, Bibliothèque historique, XVII, 43, 7 - 44, 5.
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