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    >Modules > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > La mort de l'enfant > Conduite privée - conduite publique

    Sénèque, Lettres à Lucilius, 99.6-9

    "6. Il y a des exemples sans nombre de pères qui suivirent sans pleurer le convoi d'enfants adultes (iuvenes); qui du bûcher revinrent au sénat ou à l'exercice de quelque charge publique et passèrent incontinent à d'autres soins. Ils avaient raison. D'abord la douleur est superflue, si elle ne change rien <à l'événement>; en second lieu c'est n'avoir nul sens de l'égalité que de se plaindre d'un accident qui frappe l'un maintenant, mais est réservé à tous. Et puis le regret, les gestes de deuil sont déraisonnables, quand un si petit intervalle sépare l'être qui s'en va de celui qui le regrette. Ainsi rien ne nous range à la résignation comme de constater que nous suivons de près ceux que nous avons perdus.

    7. Considère la vitesse du temps, tourbillon irrésistible; songe combien est courte la carrière où nous courons à toute bride; regarde ce cortège du genre humain qui s'en va vers un même but en rangs extrêmement serrés là même où ils paraissent extrêmement distants: celui que tu tiens pour perdu était d'un précédent peloton. Quelle démence à toi, qui dois arpenter la même route de pleurer le compagnon parti en avant!

    8. Pleure-t-on un événement qu'on savait devoir s'accomplir? Peut-être que, s'agissant d'un homme, on ne songeait pas à sa mortalité. C'était se mentir à soi-même. Pleure-t-on un événement que l'on proclamait inévitable? Se plaindre qu'un homme soit mort, c'est se plaindre qu'îl ait été homme. Un même programme nous tient tous: à qui naître est échu il reste le second point, mourir.

    9. Des intervalles nous séparent. A la fin nous nous retrouvons égaux."

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