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    >Modules > Religions grecque et romaine : quelques thématiques > Le contact avec les dieux > La divination à Rome

    Lucain, La guerre civile, I, 605-638

    (trad. A. Bougery)

    "Et tandis qu'ils font le tour de la Ville étendue en de longs circuits, Arruns recueille les feux dispersés de la foudre, les enfouit sous terre en murmurant des paroles lugubres et donne à ces lieux la protection divine. Puis il choisit la nuque d'un taureau et l'approche des autels. Déjà il avait commencé à répandre le vin et à parsemer les farines du plat de son couteau; la victime, longtemps rebelle au sacrifice redouté, ses cornes sauvages maintenues par les desservants court-vêtus, le genou plié, tendait son cou vaincu. Mais le sang ne jaillit pas comme de coutume : par la large blessure, à la place d'un sang rouge, une humeur corrompue se répandit. Arruns, étonné de ce sacrifice infernal, pâlit et se saisit des entrailles pour y chercher la raison de la colère des dieux du ciel. La couleur même effraya l'haruspice ; car les viscères pâles, mouchetées de taches horribles et imprégnées d'un sang glacé, bigarraient leur teinte livide de points sanguinolents. Il regarde le foie inondé de pus, il voit les veines menaçantes du côté hostile. La fibre du poumon haletant se dissimule et un petit sillon coupe les parties vitales. Le cœur est bas, les viscères laissent échapper de l'humeur à travers leurs fissures béantes, les intestins montrent leurs replis et, prodige indicible qui jamais n'apparut impunément dans les entrailles, voici qu'Arruns voit sur la tête des fibres croître la masse d'une autre tête; une partie pend malade et flétrie, une partie brille, et, démesurée, secoue les veines de rapides battements. Quand ces prodiges lui ont fait concevoir les grands maux fixés par le destin, il s'écrie : "J'ai à peine le droit, dieux du ciel, de révéler aux peuples ce que vous mettez en mouvement; car ce n'est pas à toi, très grand Jupiter, que j'ai fait ce sacrifice, et les dieux infernaux sont entrés dans les viscères du taureau égorgé. Ce que nous craignons ne peut être exprimé, mais les événements dépasseront toute crainte. Veuillent les dieux rendre favorable ce que j'ai vu; puissent ces fibres être menteuses et Tagès, fondateur de cet art, être un imposteur." Ainsi prédisait l'Étrusque, enveloppant les présages dans des termes contournés et les dissimulant dans des longues ambages."

    Lire aussi : Virgile, Enéide VI, 235-263; Sénèque, Oedipe, 530-658.
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