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    Modules > Famille et parenté > Patriarcat et pouvoir politique > La politique nataliste d'Auguste

    Aperçus de l'ouvrage de Mc Ginn

    Ces lois ont soulevé beaucoup de questions chez les chercheurs. Quel en était le but réel? Pour la plupart, c'est l'intention démographique qui vient au premier plan.

    Paul Haury ne se pose même pas la question de savoir si ces lois pouvaient avoir un autre dessein. Pour lui, elles représentaient de toute évidence une politique nataliste. Notons seulement que son livre a été édité après la première guerre mondiale, qui avait éliminé 10 % de la population masculine. Dans les années qui suivirent, le gouvernement français lança une forte propagande en faveur de la natalité, ce qui explique le point de vue dePaul Haury.
    Selon lui, pour l'empereur Auguste, ces lois avaient réussi : "[...] en l'an 27 av. J.-C., on comptait 4 023 000 citoyens romains ; en 7 av. J.-C., onze ans après les lois Juliennes, 4 233 000, en augmentation de 210 000, soit 5 % en vingt ans, ce qui est faible; mais en 14 ap. J.-C., cinq ans après la loi Papia Poppeae qui renforce et complète les lois Juliennes, le chiffre est de 4 937 000, en augmentation nouvelle de 704 000 soit 16,6 %, accroissement tout à fait normal si l'on songe que l'octroi du droit de cité aux provinciaux y entre, au dire même de Tacite, pour fort peu de choses."
    C'est en Italie même et dans les provinces que la démographie fut rehaussée. Par contre, ces lois n'eurent pas d'effet sur l'ancienne aristocratie romaine.
    Haury, P., Pour que la France vive, 1927, 34-35.

    Wieslaw Suder quant à lui s'est penché sur les limites d'âge imposées par la loi pour se marier : entre vingt et cinquante ans pour les femmes et entre vingt-cinq et soixante ans pour les hommes. Ceci remettait en question les normes admises jusqu'à ce moment-là, notamment la limite inférieure qui était de douze ans pour les filles et de quatorze ans pour les garçons. Pourquoi cette différence? Selon cet auteur, les légistes d'Auguste ont tenu compte de l'avis des médecins de leur temps au sujet de la maturité sexuelle des individus. Ceci explique que la moyenne d'âge pour se marier ait été retardée de plusieurs années. Concernant la limite supérieure, il en arrive à la même conclusion : selon l'opinion des médecins, une femme après cinquante ans et un homme après soixante ne sont plus aptes à procréer.
    Les tranches d'âges déterminées par la Lex Pappia représentent avec évidence les tranches d'âges entre lesquelles un être humain peut se reproduire. A la lumière de cette constatation, on peut déduire que ces lois avaient pour but de favoriser la natalité.
    Suder W., Démographie et médecine : à propos de la législation matrimoniale d'Auguste, in Corvisier, J.-N., Ch. Didier, et M. Valdher (eds), Thérapies, médecine et démographie antiques, 2002, 259-263.

    P. A. Brunt soulève le problème économique : vu que ces lois n'avaient pas eu de retombées démographiques significatives, pourquoi les avoir maintenues? Il y avait un intérêt à cela selon lui. Outre les parts caduques qui revenaient à l'Etat, une propriété transmise frauduleusement revenait au Trésor public et constituait une source de revenu pour celui-ci. Or, il semblerait que ce revenu était important ce qui montrerait que les fraudes devaient être nombreuses. Les gens préféraient le risque de sanctions plutôt que de promouvoir la natalité. Le motif fiscal pourrait expliquer le fait que ces lois aient été maintenues même si elles n'avaient pas atteints pleinement le but pour lequel elles avaient été prioritairement instituées.
    Brunt, P.A., Italian Manpower, 225 B.C.-14 A.D., Oxford, 1971, 565.

    Concernant les luttes dans le milieu aristocratique et le péril que constituaient les lois augustéennes pour celui-ci, cf note "Les luttes dans l'aristocratie"
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