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    Modules > Famille et parenté > Patriarcat et pouvoir politique > La politique nataliste d'Auguste

    Facteurs d'effondrement démographique

    Aucune grande épidémie n'avait ravagé l'empire romain, comme la peste au Moyen-Age par exemple.
    Selon P.A. Brunt, trois facteurs ont pu contribuer à l'effondrement démographique :

    - Le célibat masculin
    Les hommes se mariaient environ à 24 ans, au retour des campagnes militaires. Mais les causes économiques pouvaient inciter un homme à retarder son mariage. Par exemple, un petit paysan attendait de louer ou posséder une ferme avant de s'établir avec une femme. Mais que ce soit dans les classes riches ou pauvres, ce n'était pas le fait que les hommes se marient plus tard qui a influencé négativement la démographie. Par contre, ce qui pouvait la faire fléchir dans ce sens, c'était une forte proportion d'hommes célibataires. Or si le célibat était chose commune dans l'aristocratie depuis le 2ème siècle avant J.-C., dans les classes pauvres il devait l'être aussi par nécessité, l'entretien d'une famille étant au-dessus des moyens des hommes issus de ce milieu.

    - Les motifs économiques
    La propriété et la fortune ont aussi joué un rôle dans la dénatalité. Ni le paysan n'avait intérêt à ce que son domaine ne soit partagé, ni le noble à ce que son patrimoine ne soit réparti entre plusieurs descendants. Il convenait donc de limiter les enfants pour maintenir l'unité des richesses et possessions. Ce contrôle stricte sur le nombre de naissances joint aux incessantes guerres qui se déroulèrent sous la République entraînèrent l'extinction de nombreuses gens.

    - Le contrôle des naissances
    Pour contrôler les naissances, les Romains recouraient soit à la contraception, soit à l'avortement, soit à l'infanticide. Il est difficile d'évaluer les effets réels de la contraception employée en ce temps là. Concernant l'avortement, relevons le fait que le foeutus n'était pas considéré comme un être vivant. Sa destruction n'entraînait pas de sanctions pénales. Par conséquent, cette pratique a dû être employée couramment, d'autant plus qu'elle évitait un accouchement à la mère et que c'était un moyen discret d'éliminer un enfant. Mais ce procédé a pu par contre altérer la fécondité des femmes. Finalement, l'infanticide a eu pour conséquence une pénurie de femmes. La mentalité favorisait davantage les hommes et incitait donc les familles à exposer plus facilement les filles. Au temps d'Auguste, il y avait un manque de femmes à marier si l'on en croit Dion Cassius. Mais pour P.A. Brunt, cette situation devait remonter à plusieurs générations. Ceci explique pourquoi à l' époque du princeps, les filles des grandes maisons se mariaient très tôt. En 18 av. J.-C., les fiancées au-dessous de la puberté comptaient comme épouses et exemptaient les fiancés des pénalités dues aux nouvelles lois. Dans ce contexte, on comprend mieux aussi pourquoi les femmes veuves et divorcées devaient se remarier dans un certain délai. En outre, leur rareté a peut-être contribué au fait qu'un grand nombre d'hommes restaient célibataires. Ceci peut aussi expliquer que les femmes, remises en valeur, aient acquis des droits améliorant leur situation : droit de regard sur la propriété, abandon du mariage cum manu.

    Selon P.A. Brunt, ce sont surtout l'avortement et l'infanticide qui ont pu influencer de façon significative la courbe démographique, la contraception restant difficile à évaluer.

    En savoir plus :
    Brunt, Italian Manpower, 138-153, 155.
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