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    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Guerre et société > Fiche introductive

    Trace des trois fonctions dans la mythologie grecque

    L'explication traditionnelle la plus répandue de la guerre de Troie raconte comment, à l'occasion du mariage de Pélée et de Thétis, trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite, se disputèrent la pomme de discorde qui devait revenir à la plus belle. Pour ne pas se compromettre dans ce jugement et départager les trois déesses, les dieux firent appel à un berger troyen, Pâris (aussi nommé Alexandre). Pour obtenir son vote, chaque déesse lui promit un don: Héra: le pouvoir; Athéna: la victoire à la guerre; Aphrodite: la plus belle femme. Pâris choisit Hélène.
    Georges Dumézil a reconnu dans ce récit et dans le choix offert à Pâris la marque d'un système tripartite, distinguant dans la structure du corps social, trois niveaux: le politique (Héra), le militaire (Athéna) et une troisième fonction, plus large, liée à la reproduction (Aphrodite). Dans cette version, c'est donc Aphrodite qui est à l'origine de la guerre de Troie.
    Sans Hélène, sans la passion amoureuse que suscite sa beauté, Pâris aurait choisi le pouvoir ou la force et la Grèce aurait perdu son autonomie. L'indépendance de la Grèce au niveau de la première et de la seconde fonctions exige un sacrifice au niveau de la troisième. Mais on peut poser la question autrement: l'enlèvement d'une femme et la rupture d'un couple exigeaient-ils vraiment une guerre impliquant toute la communauté grecque? Dans cette version de la légende troyenne, la beauté d'Hélène apparaît comme le fondement même de la cohésion sociale des Achéens: il a fallu Hélène pour que les Achéens concluent un pacte d'union. C'est une donnée intéressante pour s'interroger sur une dimension politique d'Aphrodite; remarquons par ailleurs que, dans la poésie homérique, Héra et Athéna sont solidaires dans leur opposition à Aphrodite (cf. par exemple XXI 415-34).
    Voir à ce propos, G. Dumézil, Mythe et épopée, p. 582-5, où Dumézil insiste, lui-même, sur la limite d'une application grecque du modèle tripartie, tout en relevant le caractère remarquable du schéma trifonctionnel dans la légende du jugement de Pâris. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que Héra, Athéna, Aphrodite soient elles aussi, dans chacune de leurs qualités, les héritières de conceptions indo-europénnes.
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