UniFR Logo
    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des royaumes et des cités > Des magistrats au féminin

    Femmes magistrats

    Quelques cités d’Asie mineure ont eu des femmes magistrats dès la fin du IIe s. av. J.-C. Aspendos en Pamphylie connut ainsi au moins deux femmes démiurges, Priène, Sardes et Apollonis (Lydie) eurent quelques stéphanéphores féminines; on rencontre à Ténos, à l’époque hellénistique, un couple de magistrats, l’archonte et l’archontesse. Point commun de ces magistratures revêtues par des femmes : elles étaient éponymes. Il s’agissait de charges annuelles possédant – pour autant que l’on puisse en juger – une portée administrative relativement faible mais une forte composante religieuse, impliquant une activité dans le cadre des cultes locaux (fourniture de victimes sacrificielles ou entretien des autels des divinités poliades, par exemple). En outre, une magistrature éponyme exigeait généralement d’importantes dépenses de la part du titulaire : banquets populaires et sacrifices publics à l’entrée et/ou à la sortie de charge ou à d’autres occasions, financement de travaux d’intérêt public. Les femmes-magistrats se sont pliées à ces usages : la stéphanéphore Philé a réaménagé à ses frais le réservoir et les canalisations d’eau de Priène, les démiurges Kourasiô et Névopolis ont donné chacune vingt mines d’argent pour améliorer des éléments du système défensif d’Aspendos. Les liturgies de femmes-magistrats couvraient donc l’ensemble des services publics de la cité, y compris les travaux militaires ; aucune restriction liée au sexe ne semble avoir affecté leur cahier des charges.
    Pourtant, si l’on fait le décompte des cas assurés de magistratures éponymes occupées par des femmes en Asie mineure hellénistique, le bilan chiffré est dérisoire par rapport aux centaines de magistrats masculins connus. Les femmes-magistrats constituaient donc des exceptions, des anomalies, et leur accession à ces charges était probablement le fruit d’un concours de circonstances : situation financière délicate de la cité, diminution des effectifs de la classe dirigeante, absence de candidats masculins, femme seule héritière d’un clan familial fortuné, etc.
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse