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    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Maison et famille

    Mariages, épouses et concubines

    "Les deux époux après s'être rassasiés d'amour, goûtèrent le plaisir des confidences réciproques". Odyssée, XXIII 300-1

    Dans son traité de La Politique, Aristote observe que la langue grecque ne connaît pas de nom spécifique pour désigner l'union de l'homme et de la femme. C'est que jusqu'à lui et après lui encore la cérémonie du mariage est moins perçue comme l'union d'un homme et d'une femme que comme un accord conclu entre deux familles; le rôle de la mariée est purement passif. C'est vrai pour la Grèce antique comme pour le monde homérique; une jeune fille ne "se marie" pas, elle "est mariée"; l'action est du côté des hommes; le contrat se fait entre le père de la jeune fille (ou son représentant légal) et le prétendant. Subordonnée à son époux comme elle l'était à son père, la jeune femme passe simplement d'une forme de tutelle à une autre. Ce sont alors les idées de "donner" et de "conduire" qui définissent le mieux le déroulement de cette pratique: le père donne sa fille à son futur gendre pour qu'il la conduise à sa nouvelle demeure.
    Dans une société aussi strictement patrilinéaire que celle des héros, le "mariage" ne vise pas à consacrer l'amour de l'homme et de la femme mais à assurer la perpétuation du genos; l'époux attend de son épouse qu'elle lui donne un fils qui pourra lui succéder. La femme est là pour servir à l'enchaînement des générations masculines; sa fidélité est une exigence et une condition du système. En revanche, l'homme est libre de s'unir à d'autres femmes, à cette seule condition qu'elles ne soient pas les épouses légitimes d'un autre homme. Dans la société homérique, il n'y a donc d'adultère que du point de vue de la femme.
    Si la fidélité est pour l'épouse une obligation, le respect de cette obligation ne constitue pour elle aucune garantie. Dans ce qu'il peut avoir d'officiel, le statut d'épouse légitime ne garantit pas à une femme de demeurer constamment la favorite de son époux. Qu'elle lui ait ou non donné des enfants, elle peut à tout moment être répudiée ou négligée au profit d'une autre femme, introduite en tant que "concubine" (pallakê) mais qui est, pour l'épouse, une véritable rivale.




    Bibliographie pour la fiche
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