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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers libérés ou sauvés

    La libération de captifs par leur détenteur

    "Et l’homme qui le premier a fait du royaume de Macédoine un grand Etat, l’ancêtre auquel cette lignée doit sa splendeur, Philippe, qui vainquit les Athéniens à Chéronée, lui non plus n’a pas fait autant par la force des armes que par son caractère généreux et humain. Par la guerre et la puissance militaire, il n’a défait et réduit à l’obéissance que les hommes qui l’avaient affronté dans la bataille, mais ce fut par sa politique conciliante et modérée qu’il amena tous les Athéniens avec leur cité à se ranger sous sa loi. La rancune ne l’a pas incité à redoubler ses coups. Il n’a gardé les armes et n’a soutenu sa querelle que jusqu’au moment où il a trouvé une occasion de manifester sa bénignité et sa noblesse de cœur. C’est ainsi qu’il renvoya sans rançon les prisonniers athéniens, qu’il eut soin des morts dont il chargea Antipatros de porter les cendres à Athènes, et qu’il fournit des vêtements aux hommes qui retournaient chez eux, politique avisée grâce à laquelle il obtint à peu de frais d’immenses résultats. Ayant par une telle magnanimité confondu la fierté des Athéniens, il trouva désormais dans ceux qui avaient été ses ennemis, des partenaires prêts à l’aider en toutes choses."
    Polybe, Histoire, V, 10, 2-5

    Cette présentation du roi Philippe II est idéalisée. Elle témoigne, deux siècles plus tard, de l’impact de la campagne de propagande lancée dès 340 av. J.-C. par le roi de Macédoine pour gagner les Grecs à sa cause. Son attitude généreuse envers les vaincus de Chéronée, en particulier envers les Athéniens qui constituaient ses plus farouches opposants en Grèce, est une marque d’habileté diplomatique et de génie politique.
    La pratique de la libération sans condition de captifs est fréquemment attestée en Grèce. Souvent, cependant, ce n’était pas la totalité des captifs que l’on relâchait sans rançon mais un seul adversaire illustre, espérant qu’il amènerait par son influence et son prestige l’ensemble de son camp et de ses amis politiques à prendre parti pour le vainqueur.
    La libération sans rançon de captifs résultait donc d’un calcul : le vainqueur escomptait le profit moral et diplomatique qu’il pourrait tirer de cet acte. Traiter avec bonté des captifs était une garantie de prestige et d’estime.
    Motivée par un mobile politique ou militaire, par le désir d’embellir son image de chef, par le respect de certains usages de la guerre, la libération sans rançon de captifs n’apparaît jamais comme un acte de simple humanité. Le rang social des captifs et leur poids politique pesaient dans la décision du vainqueur. Enfin, dans plusieurs cas recensés dès le IVe siècle av. J.-C., la libération gratuite de captifs n’est intervenue qu’après un temps de captivité variant de plusieurs mois à plusieurs années. Le détenteur privait ainsi l’ennemi d’une partie de ses troupes et attendait une occasion pour tirer le meilleur parti de la libération gratuite des captifs.


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