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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers libérés ou sauvés

    La libération collective par voie diplomatique

    "En ce qui concerne les citoyens prisonniers qui ont été emmenés au cours de la guerre et qui se trouvent détenus dans les prisons publiques à Magnésie, à Milet, à Héraclée ou à Priène, que chacun des camps en remette un nombre égal aux ambassadeurs dépêchés en vertu des accords conclus. Le peuple des Magnètes a bien voulu remettre aux Rhodiens sans exiger de rançon les prisonniers milésiens en surnombre.
    En ce qui concerne ceux qui sont prisonniers chez des particuliers à Magnésie, à Milet, à Priène ou à Héraclée, que les Magnètes fassent libérer contre rançon les Milésiens et les Héracléotes qui se trouvent dans cette situation à Magnésie ou à Priène, que les Milésiens agissent de même envers les Magnètes ou les Priéniens qui se trouvent dans cette situation à Milet ou à Héraclée."

    Sylloge3, 588, l. 65-73.

    Ce traité a déjà été partiellement analysé supra dans la fiche 2.3 et la division des prisonniers en deux groupes y a été relevée mais l’attention se focalisait alors sur les prisonniers asservis chez des particuliers (paragraphe 2). Ici, nous revenons sur le sort des captifs détenus dans les prisons publiques de chaque cité belligérante (paragraphe 1).
    Au terme du traité, chacune des cités devait rendre un nombre égal de détenus. Nous sommes dans le cadre d’un échange « homme à homme ». Cependant, les Milésiens avaient visiblement subi des pertes plus importantes que leurs adversaires puisqu’au terme de l’échange les Magnètes disposaient d’un excédent de captifs milésiens. Magnésie a toutefois accepté de rendre les prisonniers surnuméraires sans exiger de rançon pour eux, alors qu’elle aurait été en droit de le faire.
    Les captifs ont été remis aux mains d’une commission parlementaire. Celle-ci était majoritairement composée de délégués de Rhodes, une cité alliée de Milet, mais qui n’était pas directement impliquée dans le conflit.
    Le traité Milet-Magnésie confirme une règle grecque stricte : la procédure de l’échange ne concernait qu’une seule catégorie de prisonniers, les combattants capturés les armes à la main. Les civils détenus par des camps hostiles paraissent n’avoir jamais bénéficié de ce mode de remise en liberté.
    L’échange homme à homme suppose un recensement des prisonniers détenus par les adversaires en présence. Il ne concerne que des prisonniers capturés au cours d’une campagne militaire précise. Il se déroule en une seule fois, sous la surveillance de représentants officiels.
    De nombreux échanges homme à homme se sont déroulés durant les dix premières années de la Guerre du Péloponnèse (431-421 av. J.-C.). Ensuite, avec le durcissement des opérations, cette procédure - qui supposait le respect de l’équilibre des forces en présence - a été progressivement abandonnée. Elle ne fut pas pratiquée par les grandes armées hellénistiques et son usage se limita à des conflits locaux, telle la rivalité entre Milet et Magnésie du Méandre.


    Bibliographie pour la fiche
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