UniFR Logo
    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers libérés ou sauvés

    L'enrôlement des vaincus dans l'armée victorieuse

    "Sous l’archontat d’Euthios [...].
    Attendu que Philippides n’a cessé en toute occasion de prouver son dévouement envers le peuple […] ; qu’après la victoire remportée à Ipsos par le roi Lysimaque sur Antigone et Démétrios, il fit ensevelir à ses frais ses concitoyens qui avaient trouvé la mort durant le combat ; qu’il présenta au roi la situation de ceux qui étaient prisonniers, qu’il obtint leur libération, qu’il fit répartir dans les différents corps de troupe tous ceux qui voulaient s’enrôler dans l’armée, tandis qu’à ceux qui préféraient s’en aller, il donna des vêtements et de l’argent pour la route – pris sur ses propres biens – avant de les faire partir pour la destination de leur choix, et ils étaient plus de 300."
    IG, II2, 657, l. 1, 19-27

    L’Athénien Philippidès, ami du roi Lysimaque, accompagne celui-ci en 301 à la bataille d’Ipsos qui oppose le roi de Macédoine Antigone et son fils Démétrios à une coalition composée de Cassandre, Séleucos et Lysimaque. Les armées d’Antigone sont défaites.
    Philippides persuade alors Lysimaque de remettre en liberté les combattants athéniens tombés entre ses mains. Certains de ces Athéniens étaient des mercenaires au service des Antigonides ; d’autres appartenaient peut-être à des contingents réguliers levés à Athènes par Démétrios, car la cité était alors sous domination macédonienne.
    Philippides obtient de Lysimaque la libération sans condition des prisonniers, mais pour que le roi y trouve son avantage, le poète propose de faire entrer comme mercenaires dans les armées de Lysimaque tous les Athéniens qui se portent volontaires. On ignore combien d’entre eux répondirent à cette offre qui leur permettait de conserver leur gagne-pain en changeant d’employeur, mais si l’on admet que les Antigonides disposaient vraisemblablement de plusieurs centaines de soldats athéniens et que 300 Athéniens seulement préférèrent rejeter la proposition du roi et retourner chez eux, le nombre de ceux qui complétèrent les effectifs de Lysimaque dut être assez important.
    Le document témoigne d’une pratique bien attestée en Grèce hellénistique, l’enrôlement de soldats vaincus dans les rangs du général vainqueur. Cependant, l’intervention de Philippides auprès de Lysimaque fait de cette opération d’enrôlement des vaincus un cas particulier ; en effet, les Athéniens ont eu le choix entre rejoindre les rangs de Lysimaque ou rentrer chez eux. D’ordinaire, l’alternative à l’enrôlement « volontaire » était la mort.



    Bibliographie pour la fiche
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse