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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers monnayés

    Le profil des captifs monnayés

    "Les Epirotes décidèrent d’abord de les interner à Bouchetos et de faire bonne garde sur eux. Puis, au bout de quelques jours, ils leur proposèrent de payer une rançon étant donné que les Epirotes étaient en guerre avec les Etoliens. L’un des captifs, Alexandros l’Isien était l’homme le plus riche de la Grèce et les autres ne manquaient pas de moyens bien qu’ils fussent loin d’en avoir autant que leur collègue. On commença par leur réclamer à chacun cinq talents. Les collègues d’Alexandre ne songèrent pas un instant à refuser et se déclarèrent prêts à verser la somme car ils mettaient leur salut au-dessus de tout. Mais Alexandros, lui, déclara qu’il ne paierait pas, car cela faisait vraiment beaucoup d’argent, et il passa des nuits sans sommeil à l’idée qu’il lui faudrait débourser cinq talents. Les Epirotes, prévoyant ce qui allait effectivement se passer et songeant avec inquiétude que les Romains, s’ils venaient à apprendre que des ambassadeurs envoyés à Rome se trouvaient détenus chez eux, leur enverraient un message pour les prier en termes impératifs, de les remettre en liberté, réduisirent leurs prétentions et ne réclamèrent plus à chacun que trois talents. Les autres captifs s’empressèrent d’accepter et purent ainsi s’en aller, après avoir fourni des garanties mais Alexandros répondit qu’il ne donnerait pas plus d’un talent et que cela était déjà beaucoup […]. Au bout de quelques jours, arriva une lettre de Rome exigeant la libération des captifs et c’est ainsi qu’il fut le seul à être libéré sans rançon."
    Polybe, Histoire, XXI, 26

    Les ambassadeurs capturés par les pirates étoliens présentaient certaines caractéristiques attractives pour leurs détenteurs : ils étaient en petit nombre, donc faciles à prendre et à garder en détention ; ils étaient tous riches ; ils avaient un statut social important.
    A l’inverse, cependant, ils présentaient un désavantage : leur statut de diplomates leur conférait l’inviolabilité. En s’en emparant, les pirates commettaient un acte sacrilège passible d’une réaction officielle et d’un châtiment. Ils devaient donc agir en hâte, mais c’était compter sans l’avarice d’Alexandre… !
    Le passage de Polybe contient tous les éléments caractéristiques d’une procédure de rançon :
    - l’analyse par les détenteurs de la situation financière des captifs ;
    - la négociation entre captifs et détenteurs pour fixer le montant dû ;
    - la présentation par les captifs de garanties permettant de les libérer sur parole ;
    - l’engagement des deux parties à respecter l’accord conclu ;
    - l’enjeu financier que représentait la rançon, tant pour les captifs que pour leurs détenteurs.
    Le document indique aussi implicitement qu’en aucun cas les captifs n’avait le droit d’exiger leur libération contre rançon : la rançon n’était pas un privilège concédé de droit aux prisonniers de naissance libre mais une faveur accordée par le détenteur au gré de ses intérêts.
    Rançon ou vente des captifs représentaient pour les vainqueurs une source d’enrichissement. L’une était-elle plus rentable que l’autre ? Tout dépendait du profil des captifs : on pouvait à coup sûr escompter davantage d’argent en soumettant à rançon des citoyens plutôt que des esclaves, des Grecs plutôt que des Barbares, des hommes plutôt que des femmes, et dans tous les cas les plus fortunés des prisonniers. Le statut social et civique du captif transparaît dans le sort qui lui est réservé : rançon ou vente.

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