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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers monnayés

    La vente et l'asservissement

    "Ils poursuivirent leur voyage et s’emparèrent au passage d’Hyccara, une petite ville fortifiée située près de la mer et qui […] était ennemie d’Egeste. Ils réduisirent la population en esclavage et remirent la place aux Egestains qui leur avaient envoyé de la cavalerie pour les aider. Puis ils rebroussèrent chemin. […]. La flotte avec les prisonniers à bord contourna l’île. […]. Les prisonniers furent vendus et l’opération rapporta 120 talents."
    Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, VI, 62.
    La liste des villes grecques dont la population fut réduite en esclavage au cours d’une guerre est longue : 34 exemples recensés sur 100 cités conquises entre le VIe et le IIe siècle av. J.-C. C’est par centaines, voire par milliers que se chiffraient en pareils cas les personnes mises en vente sur un marché.
    Après un siège, seuls les femmes et leurs enfants étaient vendus, tandis que les combattants étaient emmenés comme prisonniers de guerre. A Hyccara, toute la population civile - hommes, femmes, enfants, vieillards - fut vendue.
    Les populations vendues traversaient les épreuves suivantes : déplacement en convoi jusqu’à un lieu de marché aux esclaves, exposition sur le marché, vente à un particulier désireux d’augmenter son cheptel servile, enfin asservissement à vie ou tout au moins pour de longues années.
    Parfois, les plus belles captives étaient gardées à titre de butin personnel par les soldats. Parfois aussi, les prisonniers étaient asservis et utilisés comme main-d’œuvre - dans les mines ou sur de grands chantiers publics - par l’Etat qui les avait capturés.
    On doit garder à l’esprit que dans la grande majorité des cas, les captifs de guerre grecs mis en vente furent achetés et asservis par d’autres Grecs. Ce fait indiscutable mais dérangeant est généralement escamoté par les sources.
    Pour le détenteur des captifs, la rançon ou la vente de ses prisonniers avaient des conséquences économiques similaires, toutes deux favorables. En revanche pour les captifs, l’impact des deux procédures était radicalement différent :
    - en cas de rançon, le prisonnier conservait sa personnalité juridique et pouvait se libérer seul s’il possédait une fortune suffisante, à moins qu’il n’appelle à l’aide sa famille ou ses amis ;
    - exposé sur un marché, le captif vivait ses dernières heures en tant que citoyen et individu de statut libre ; une fois vendu, il perdait son autonomie juridique, ses droits individuels, ses liens sociaux et familiaux et devenait un simple objet animé, soumis à un maître.



    Bibliographie pour la fiche
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