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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers monnayés

    La rançon

    "Toute la journée fut consacrée à ces travaux (de siège). Le lendemain, vers le soir, l’ouvrage se trouva presque entièrement achevé. Les soldats en garnison à Nisaïa prirent alors peur. Ils se voyaient menacés de famine […]. Ils conclurent donc une convention avec les Athéniens qui, en échange de leur reddition, s’engagèrent à les laisser partir moyennant le versement par chacun d’eux d’une rançon dont on fixa le montant."
    Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, IV, 69.

    Depuis la plus haute Antiquité grecque, de nombreux prisonniers furent libérés contre rançon. Le procédé est attesté dans l’Iliade déjà ; même le cadavre d’Hector fut rendu contre rançon par Achille à Priam. Des cas de rançonnement sont attestés régulièrement durant le VIe siècle av. J.-C. et durant les Guerres médiques.
    Dans l’épisode de la garnison de Nisaïa rapporté ci-dessus, Thucydide présente d’ailleurs l’affaire comme s’agissant d’une pratique usuelle, comprise et admise par les deux parties en présence. Cependant, c’est surtout à partir du milieu du IVe siècle et durant l’époque hellénistique que les procédures de rançon se multiplient.
    Du VIIIe au Ier siècle av. J.-C., la rançon recouvrit une même réalité, la remise en liberté de captifs en échange d’une somme d’argent. Toutefois un état d’esprit différent y était attaché : à l’époque archaïque et classique, la rançon constituait essentiellement une alternative à la mise à mort des captifs ; la procédure impliquait le respect de l’adversaire vaincu et la conclusion entre les prisonniers et leurs détenteurs d’un accord – écrit ou oral – engageant moralement les deux parties et reposant sur la confiance mutuelle. C’est exactement ce que reflète le passage de Thucydide donné ci-dessus.
    A l’époque hellénistique en revanche, la rançon se présentait plutôt comme une alternative à la vente des captifs ; le profit matériel dominait et les captifs étaient considérés comme une marchandise dont il fallait tirer le meilleur prix.


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