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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers torturés et exécutés

    Exécutions de captifs individuels

    "(Les ambassadeurs athéniens Learchos et Ameiniades) demandèrent qu’on leur livre les ambassadeurs ennemis afin de les empêcher de se rendre auprès du roi de Perse […]. (Le roi) se laissa convaincre et tandis que les émissaires péloponnésiens traversaient la Thrace pour aller prendre le bateau qui devait leur faire franchir l’Hellespont, il les fit appréhender avant leur embarquement par des hommes envoyés après eux en compagnie de Learchos et d’Ameiniades et qui étaient chargés de livrer les prisonniers aux deux Athéniens. Ceux-ci prirent les ambassadeurs ennemis en charge et les emmenèrent à Athènes. Lorsqu’il arrivèrent, les Athéniens […| les firent tous exécuter le jour même, sans entendre les déclarations qu’ils voulaient faire. Leurs corps furent ensuite jetés dans des ravins. Les Athéniens s’estimaient en droit d’en user pour se défendre des moyens mêmes auxquels les Lacédémoniens avaient eu recours les premiers. Au début des hostilités, les Spartiates mettaient en effet à mort comme ennemis de Sparte tous ceux qu’ils arrêtaient en mer, sans faire de distinction entre les alliés d’Athènes et les ressortissants de cités neutres."
    Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, II, 67.

    Si on écarte les exemples de vaincus tués par leur vainqueur sur le champ de bataille ou à l’issue du combat, la mise à mort individuelle de captifs est rarement attestée. Ce sont surtout les ambassadeurs capturés qui semblent avoir pâti de telles pratiques. Durant les Guerres médiques, des ambassadeurs du roi perse Darius furent jetés dans un gouffre par les Athéniens, dans un puits par les Spartiates. L’extrait de Thucydide donné ci-dessus fournit un autre parallèle à cette pratique. Tous ces ambassadeurs furent jetés dans un abîme, vivants ou déjà morts : cela permettait d’aggraver l’exécution en privant les victimes de sépulture.
    On remarque dans le passage de Thucydide la gêne des autorités athéniennes qui se croient obligées de justifier leur acte et en rejettent la responsabilité initiale sur les Spartiates. L’exécution « à froid » de captifs non directement impliqués dans un affrontement militaire semble se situer à la frange des règles éthiques et des usages de la guerre en Grèce.
    En revanche, on exécutait sans remords des stratèges ou des chefs militaires, de façon à mieux marquer par leur mise à mort la défaite de l’armée qu’ils dirigeaient. La mise à mort par torture (noyade, dislocation des membres) fut notamment appliquée à des commandants de places-fortes qui avaient résisté à un long siège (cf. fiche 1.2).
    La crucifixion, châtiment infâmant parce qu’il était appliqué ordinairement aux esclaves, fut réservée aux dirigeants impies, aux ennemis irréductibles ou aux chefs d’une rébellion : ainsi, le gouverneur de Sestos, qui avait osé amener des femmes dans un sanctuaire et y commettre des sacrilèges, fut « cloué à un poteau puis suspendu » par les Athéniens ; son fils fut ensuite lapidé à mort devant ses yeux. La crucifixion fut surtout pratiquée dans les régions orientales du monde grec, notamment par Alexandre et ses successeurs.



    Bibliographie pour la fiche
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