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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers torturés et exécutés

    Les massacres collectifs

    "Lysandre fit transporter les vaisseaux, les prisonniers et tout le reste à Lampsaque et s’assura de la personne des stratèges [...]. Puis Lysandre réunit les alliés et leur demanda de délibérer sur le sort des prisonniers. Et ce furent alors des accusations en grand nombre contre les Athéniens. On leur reprochait les actes déjà accomplis contrairement au droit des gens et ceux qu’ils avaient décidé par vote de commettre s’ils étaient vainqueurs sur mer : il s’agissait de couper la main droite à tous les prisonniers. Et on rappelait qu’après avoir pris deux trières (une de Corinthe et une d’Andros), ils en avaient précipité tous les hommes à la mer [...]. On dit encore bien d’autres choses et l’on décida d’exécuter parmi les prisonniers tous ceux qui étaient Athéniens, sauf Adeimantos parce que lui seul dans l’assemblée (athénienne) avait blâmé le vote des mains coupées."
    Xénophon, Helléniques, II, 1, 31.

    Tuer des combattants vaincus dans l’ardeur de la bataille ou massacrer des civils durant la prise d’une ville était considéré comme l’une des conséquences « inévitables» de la guerre. De tels carnages, même s’ils contrastent avec l’image civilisatrice que l’on désire garder de la Grèce, furent nombreux. En revanche, l’exécution massive de prisonniers de guerre, ordonnée de sang-froid quelque temps après le combat, est plutôt rare. Des épisodes de ce genre se sont produits durant la Guerre du Péloponnèse : l’un concerne le massacre de 180 prisonniers thébains par les Platéens en 431 av. J.-C., vengé en 427 par l’exécution de 200 prisonniers platéens par les Thébains et leurs alliés spartiates, un troisième est relaté ci-dessus et vit périr 3000 à 4000 marins athéniens.
    Mettre à mort des combattants captifs livrés à la merci de leur vainqueur était considéré comme un acte cruel, contrevenant aux règles grecques de la guerre et aux droits des gens. Cette pratique était réservée d’ordinaire à des individus qui avaient eux-mêmes enfreint des règles, comme le montre le texte de Xénophon retenu ici : les marins athéniens furent mis à mort par Lysandre pour se venger du comportement féroce de leurs compatriotes qui avaient jeté des équipages ennemis à la mer et qui voulaient couper la main droite des rameurs qu’ils captureraient. L’attitude des Athéniens avait été « contraire au droit des gens », dit Xénophon. De même, les Platéens massacrèrent leurs 180 captifs thébains en arguant qu’ils étaient sacrilèges car ils avaient attaqué Platées sans déclaration de guerre et durant une période de fête religieuse.
    A travers les sources grecques, la mise à mort de captifs apparaît comme un acte d’exception que les vainqueurs se sentaient contraints de justifier soit par le caractère sacrilège de leurs prisonniers, soit par leur comportement contraire au droit des gens, soit par leur non-respect des alliances militaires, soit enfin par leur résistance acharnée. Pour mettre à mort un groupe de combattants captifs, un chef militaire grec devait d’abord démontrer que ceux-ci étaient des hors-la-loi.



    Bibliographie pour la fiche
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