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    Modules > Être prisonnier en Grèce classique et hellénistique > Des prisonniers torturés et exécutés

    Tortures et sévices

    "(L’historien) Phylarque affirme que l’Argien Aristomachos, qui appartenait à une famille très illustre et qui, descendant de tyrans, fut lui-même tyran d’Argos, étant tombé entre les mains d’Antigonos et des Achaiens, fut emmené en captivité à Kenchreai où on l’aurait fait périr dans les tortures les plus atroces et les moins méritées qu’on eut jamais vues. Fidèle à sa manière habituelle, cet historien imagine que les cris poussés par le supplicié parvinrent pendant la nuit aux oreilles des gens habitant les maisons voisines. Les uns auraient été frappés de stupeur par une action aussi impie, d’autres auraient refusé d’en croire leurs oreilles, d’autres enfin, débordant d’indignation, se seraient précipités vers le bâtiment où on le torturait. N’insistons pas davantage sur ce genre de scènes à grand spectacle que nous avons suffisamment dénoncé. Mais j’estime pour ma part que cet Aristomachos, même s’il n’avait eu aucun tort vis-à-vis des Achaiens, aurait mérité le plus rigoureux des châtiments, étant donné la conduite qu’il avait eue tout au long de sa carrière et les attentats qu’il avait commis contre les lois de sa patrie."
    Polybe, Histoire, II, 59, 1-2.

    Ce passage de Polybe confirme l’usage de la torture par les chefs militaires grecs. Polybe cautionne le châtiment cruel infligé au tyran d’Argos : il critique son prédécesseur Phylarque d’avoir fait état de l’émotion et de l’indignation populaires suscitées par la torture d’Aristomachos et estime, pour sa part, ce traitement justifié par la conduite du tyran. Il faut savoir qu’Aristomachos avait trahi ses alliés, les Achaiens, et livré Argos au roi de Sparte. Polybe, lui-même Achaien et impliqué personnellement dans la destinée de son peuple, se départit ici de l’objectivité et de la réserve attendues d’un historien. Ce faisant, il montre implicitement que la torture appartenait aux usages grecs de la guerre. Toutefois, les propos de Phylarque cités par Polybe suggèrent que ces pratiques cruelles étaient mal perçues par les populations civiles.
    Dans l’ensemble des sources grecques, on dénombre seulement quelques témoignages explicites relatifs à la torture et aux sévices subis par des captifs (voir les textes ci-dessous). Devant ce silence, certains commentateurs modernes affirment que les Grecs ont rechigné à infliger à leurs prisonniers des châtiments dégradants. D’autres spécialistes voient plutôt dans ce silence non pas un reflet de la réalité – aussi cruelle qu’ailleurs – mais une volonté délibérée des sources de souligner l’humanité des Grecs par opposition aux pratiques des Barbares et des tyrans. En outre, il ne faut jamais oublier que les vaincus appartenaient généralement à la même classe sociale que leurs vainqueurs : tous étaient de naissance libre, citoyens ou citoyennes. Dans ces conditions, détailler les sévices infligés à des Grecs par d’autres Grecs aurait été malséant.




    Bibliographie pour la fiche
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