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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Polythéisme et anthropomorphisme

    Les dieux des Romains

    Autrefois les Romains n’avaient aucune image peinte ou sculptée des dieux : pendant les cent soixante-dix premières années, ils édifièrent des temples et bâtirent des chapelles, mais ne firent aucune statue, jugeant qu’il était impie de rapprocher les réalités supérieures des réalités inférieures et impossible d’aborder le dieu autrement que par la pensée. (Plutarque, Vie de Numa, 8, 14, trad. A.-M. Ozanam)


    Aniconisme

    Cette réflexion, qui remonte à Varron, est à la base de la conception que les savants du début du XXe siècle avaient des dieux romains. Selon eux, la civilisation romaine des origines ne connaissait pas les représentations anthropomorphes de divinités. Dans la toute première phase de l’histoire de Rome, les dieux étaient de purs esprits, représentés seulement par des attributs symboliques (par ex.: la lance signifiait Mars). La représentation anthropomorphe serait arrivée ensuite de la Grèce par l’intermédiaire des Tarquins, les rois étrusques. L’influence de la culture grecque aurait ainsi « contaminé » le vieux système romain.
    Ce point de vue n’est plus valable de nos jours. Tout d’abord, des recherches archéologiques récentes ont montré que le contact entre Rome et les villes grecques remonte à une époque très ancienne, aux premiers temps de la civilisation du Latium. L’idée d’un système religieux « pur », antérieur à la « contamination » grecque est un mythe savant. En second lieu, les représentations symboliques des dieux ne caractérisent pas seulement les phases plus anciennes d’une culture: les objets symboliques apparaissent à côté des statues anthropomorphes des dieux dans les processions religieuses de l’époque augustéenne, à une époque qui n’est donc pas celle des origines.
    Au passage de Plutarque ci-dessus, on doit conférer non pas la valeur d’un témoignage historique, mais celle d’une réflexion philosophique. La question de la représentation des dieux a animé les débats des philosophes romains comme elle a animé ceux des théologiens d’autres religions durant des périodes plus récentes.

    Que peut-on dire des dieux romains aujourd’hui?

    La «nature» des dieux
    Quand les dieux se montrent aux hommes (épiphanie), ils sont obligés de prendre une forme perceptible aux sens humains (souvent celle d’une personne). La présence divine dans un lieu de culte est attestée par une statue (simulacrum). Cependant, les dieux Romains ne « sont » pas seulement cette forme à travers laquelle ils se montrent, cette représentation sensible. Leur essence abstraite la dépasse.
    En même temps, les dieux ne sont pas des esprits impersonnels qui flottent dans l’air. Quand les Romains les invoquent dans les cultes, ils s’adressent à des puissances aux caractéristiques précises. Comme pour les dieux grecs, le nom principal indique son caractère général, auquel est lié un champ d’action (Jupiter : souveraineté, Mars : défense du territoire, Junon : union conjugale, etc.). Une appellation suit souvent ce nom et précise davantage la fonction pour laquelle la divinité est invoquée et honorée à un moment donné et dans un contexte précis : Junon Regina (la déesse souveraine), Junon Lucina (qui aide les parturientes), Junon Moneta (qui avertit des dangers), etc.
    Comme les dieux grecs, les dieux romains aussi veulent être appelés de façon précise. Quand on ignore le nom d’une divinité, on préfère s’adresser à elle par l’expression sive deo sive dea (« à toi, qui que tu sois, dieu ou déesse ») qui équivaut à notre formule épistolaire « à qui de droit ».

    Le panthéon
    Les dieux, tous ensemble, forment un panthéon qui n’est pas figé, mais susceptible de s’élargir au fur et à mesure que les Romains sentent la nécessité d’importer des divinités d’ailleurs. Ce panthéon est conçu sur la base d’une structure hiérarchique semblable à celles d’une société humaine. À la tête se trouve Jupiter, le dieu souverain et autour de lui les autres dieux majeurs. Enfin il y a une foule de divinités moins importantes, qui aident les dieux majeurs à accomplir leur fonction et avec lesquels ils partagent les honneurs. Ces divinités, qui agissent dans un domaine très restreint indiqué par leur nom, sont dites « divinités fonctionnelles » (Indigitamenta ou Sondergötter)
    Les dieux romains partagent avec les hommes l’espace civique et sont toujours consultés avant d’accomplir des actions qui concernent toute la communauté.



    Notes


    Liens

  • Greek Mythology Link
    Illustrations de Vénus / Aphrodite

  • Bibliographie pour la fiche
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