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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des arts et des métiers

    Business women grecques

    A. "(Amphore) de Timo."
    Tesson d'amphore, Nessebre, Bulgarie, vers 180 av. J.-C. (?)

    B. "Et une femme du nom de Lydie, négociante en pourpre de la ville de Thyatire et qui adorait Dieu, écoutait."
    Actes des Apôtres, XVI, 14.

    Le document A est un timbre amphorique, c'est-à-dire une marque (nom, sigle) apposée sur une amphore. On connaît des centaines de timbres amphoriques grecs. L’intérêt particulier de ce timbre réside dans le fait qu'il porte un nom de femme, Timo.

    Le timbre de Timo était apposé sur une amphore trouvée en Bulgarie, mais qui provenait vraisemblablement de Rhodes où d'autres amphores marquées du même nom ont été découvertes. Timo n’est d'ailleurs pas la seule femme dont le nom a été gravé sur des amphores, mais un fait est frappant : la totalité des témoignages relatifs à des noms féminins estampillés sur des amphores provient de Rhodes.

    Mettre sa marque sur une amphore ne signifiait pas avoir participé personnellement à sa réalisation. A la différence des vases en céramique fine ou des tuiles, les amphores n'étaient pas des oeuvres signées par les artisans mais des pièces fabriquées en série et frappées au nom du propriétaire de l'atelier. Les propriétaires d'ateliers étaient généralement de gros producteurs de vin ou d'huile: basant leur fortune sur le contenu des amphores, ils fabriquaient également les contenants de leurs produits. Il faudrait donc faire de Timo une riche propriétaire foncière, productrice de vin ou d'huile, qui disposait de son propre atelier d'amphores. La manière dont Timo avait acquis ses biens nous échappe mais l'héritage apparaît comme l'hypothèse la plus séduisante.

    Nous ne disposons d'aucun élément permettant de mesurer l'implication réelle de Timo et des autres femmes de Rhodes dans la production d'huile, de vin et d'amphores de l’île. Etaient-elles que des prête-noms, tandis que leurs affaires étaient traitées par des comparses et des parents masculins? Ou contrôlaient-elles réellement leur entreprise? Leur volonté de disposer d'un timbre à leur nom étaye la seconde hypothèse. Et l'Apôtre Paul conforte cette vue (document B) lorsqu'il attribue à une femme de Thyatire, en Asie mineure, une responsabilité personnelle dans un secteur commercial très disputé : le négoce de la pourpre.

    Lydie, comme Timo et d'autres Rhodiennes, appartenait au groupe restreint des femmes grecques qui ont joué leur carte financière dans le grand commerce et les échanges internationaux.



    Bibliographie pour la fiche
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