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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des arts et des métiers

    Travailler en public : le petit commerce

    A. "Melitta, vendeuse de sel."
    IG II2, 12073

    B. "Elephantis, vendeuse de manteaux."
    IG II2, 11254

    C. "(L'accusé, Euxitheos, récuse les propos de son accusateur, Euboulides) : « Pourtant, Athéniens, en nous diffamant, Euboulides ne contrevient pas seulement au décret qui réglemente le marché, mais encore aux lois qui déclarent coupable du délit d'injures quiconque fait un opprobre soit à un citoyen, soit à une citoyenne du métier qu'ils exercent sur le marché. [...]. Voilà une femme qui, dit-il, vend des rubans au su de tout le monde.[...] Bien sûr, si nous étions riches, nous ne vendrions pas des rubans. Mais quel rapport cela a-t-il avec la filiation ? Je n'en vois aucun."
    Démosthène, LVII, Contre Euboulides, 30 et 34

    Ces trois documents, qui proviennent d'Athènes et datent du IVe siècle av. J.-C., attestent de l'activité de femmes dans le petit commerce.

    Melitta (document A) et Elephantis (document B) ont indiqué leur profession sur leur tombe. Cet usage se répand à Athènes à partir du IVe siècle av. J.-C. C'est probablement le signe d'une reconnaissance sociale à l'égard des femmes travaillant en dehors de leur maison. Les témoignages grecs sur les femmes dans le commerce de détail concernent en majorité Athènes. Cette disparité tient en partie au hasard des découvertes épigraphiques et à la nationalité athénienne des auteurs antiques concernés. Il semble cependant que la pratique féminine d’un métier lié au commerce était mieux admise à Athènes que dans d’autres cités grecques.

    Le passage de Démosthène (document C) le confirme. Démosthène défend l'honorabilité de la famille de son client, Euxitheos, dont la mère vendait des rubans sur l'agora. L'orateur affirme l'existence d'une loi athénienne autorisant les citoyennes, aussi bien que les citoyens, à pratiquer le petit commerce. Cela expliquerait pourquoi les marchandes athéniennes se sont plus volontiers risquées à indiquer leur profession sur leur pierre tombale.

    Quel était le statut social des marchandes athéniennes : citoyennes ou esclaves ? Melitta et Elephantis n'indiquent pas leur patronyme, mais cela ne veut pas dire qu’elles étaient esclaves car cette précision n'était pas obligatoire sur les stèles funéraires féminines. A en croire les auteurs athéniens, les marchandes étaient généralement des femmes appartenant à des milieux modestes, sans ressources financières, mais d’origine citoyenne. C'est exactement ce qu'affirme Euxitheos, le client de Démosthène, lorsqu'il clame que la vente de rubans pratiquée par sa mère atteste de sa pauvreté mais ne met pas en cause sa filiation, c'est-à-dire son statut de citoyenne. Le travail des Athéniennes sur le marché contrevenait aux règles d'usage qui voulaient qu'une femme demeure dans sa maison. Cependant, il était toléré lorsqu'il était pratiqué par des citoyennes pauvres parce qu’il constituait un apport financier indispensable à la survie de leur famille.




    Bibliographie pour la fiche
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