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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des arts et des métiers

    Des artistes internationales

    "(Décret) des Etoliens.
    Agetas, fils de Kall{{l}}ipolitas, était stratège. A la Bonne Fortune. Il a plu [à la cité] de Lamia. Attendu qu’Aristo[d]ama, fille d’Amyntas, de Smyrne en Io[nie], poétesse épique, s’est rendue dans notre ville et a donné plusieurs [auditions] de ses oeuvres au cours desquelles elle a dignement fait mention de la nation étolienne et des ancêtres de notre peuple, mettant toute son ardeur à cette présentation ; qu'elle soit pro[xène] et évergète de la cité ; qu'on lui accorde le droit de cité, le droit d’acquérir une terre et [une maison], le droit de pâture, l’asylie et l’asphalie sur terre et sur [mer], en temps de paix comme en temps de guerre ; que cela s'applique à jamais à ses descendants et à ses biens et qu'on lui concède les mêmes (privilèges) qu’aux autres proxènes et évergètes. Que l’on accorde à son frère [ - - -] et aux descendants de celui-ci la proxénie, le droit de cité, [l'asylie (?)]. [Pyt]hon (?), Neon, Antigenes étaient archontes ; Epi[genes (?)] était stratège ; Kylos était hipparque ; Py[tho]n (?), [fils de ..]anlios, était garant de la prox[énie]."

    Stèle, Lamia, 218-217 av. J.-C.

    Ce décret honore Aristodama, poétesse de Smyrne, qui avait accepté d’enrichir la vie culturelle de la cité de Lamia par la lecture publique de ses oeuvres. Aristodama avait entrepris, vers l'an 218 av. J.-C., une tournée des villes grecques car on retrouve sa trace dans un décret contemporain de Chaleion, en Béotie, qui lui rend hommage en des termes proches du décret de Lamia. Le décret de Chaleion a été retrouvé à Delphes ; il est probable que la poétesse avait également séjourné dans le grand sanctuaire grec où la foule des pélerins lui offrait un large public. Selon les décrets précités, Aristodama célébrait dans ses poèmes la gloire des Etoliens, des Locriens et de leurs ancêtres.

    De rares poétesses et des musiciennes ont donné, comme Aristodama, des lectures publiques de leurs oeuvres et des concerts.

    Aristodama voyageait accompagnée de son frère ; on y reconnaît le signe de la dépendance des femmes - même artistes - vis-à-vis de leurs parents masculins. En outre, il était risqué pour une femme d’accomplir seule un long voyage alors que les attaques de brigands et de pirates étaient fréquentes. Ce frère-tuteur assurait à la poétesse une protection physique mais aussi juridique : il réglait les formalités administratives liées à l'organisation de la tournée. La présence de ce frère pourrait signifier le célibat d'Aristodamé qui, sinon, aurait été accompagnée de son époux, à moins que la poétesse n'ait été veuve au moment de sa tournée littéraire. En fait, le statut personnel des artistes grecques demeure une énigme.

    Les cités ont décerné aux poétesses et aux musiciennes célèbres des honneurs comparables à ceux qu'elles réservaient aux artistes masculins. Aristodama reçut à Lamia le droit de cité (c'est-à-dire le droit de devenir citoyenne de cette cité si elle le désirait), le droit d'acquérir des biens immobiliers dans cette cité, le droit de pâture, l’asylie et l’asphalie. La protection assurée à la poétesse valut à son frère quelques privilèges aussi.




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