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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des royaumes et des cités

    Bienfaitrices civiques

    "Il a plu au Conseil et au peuple. Epigonos fils d'Epigonos a fait la proposition suivante, alors que Nikion fils de Philokratos était épistate : attendu que les citoyens qui sont arrivés rapportent que Timessa, l'une de nos concitoyennes, se montre dévouée envers notre cité, qu'elle agit de son mieux pour le bien des citoyens qui s'adressent à elle et qu'à titre public, elle prodigue à la cité tous les [bienfaits] possibles. Lorsqu'un malheur affecta [notre cité], (Timessa) s'employa à sauver, dans la mesure du possible, tous les citoyens qui avaient été enlevés. En conséquence, plaise au Conseil et au peuple de décerner l'éloge à T[i]messa et de la couronner d'une couronne de feuillage pour l'attitude qu'elle adopte à l'égard de notre peuple. Qu'on lui accorde la proédrie à la fête des Itonia ainsi qu'à toutes les autres manifestations organisées par la cité. Que l'on fasse la proclamation de sa couronne à la fête des Itonia en même temps que les autres [couronnes - - -]."
    Stèle, Aigialé, fin du IIIe s.-début du IIe s. av. J.-C.

    Ce décret des Aigialéens a été motivé par l'intervention de Timessa dans des circonstances particulières : à la suite d'événements malheureux que l'inscription ne détaille pas, des citoyens d'Aigialé ont été enlevés et Timessa leur a porté secours.

    Le décret fait probablement allusion à l'enlèvement d'Aigialéens au cours d'une razzia de pirates, pratique courante en mer Egée entre 250 et 150 av. J.-C. Les pirates avaient mis en vente leurs prises sur un marché d'esclaves. C'est là que Timessa a vu les captifs, qu'elle les a rachetés, puis rendus à la liberté.

    La procédure de rachat de captifs grecs vendus à l'encan est connue : le racheteur versait au marchand le prix demandé pour chaque tête ; ensuite il logeait ses protégés, puis les rapatriait vers leur cité.

    Timessa était originaire d'Aigialé puisque le décret lui confère le titre de « citoyenne ». Ce sont donc ses propres concitoyens qu'elle a rachetés. La solidarité entre concitoyens était d'autant plus forte que la cité était petite. Le devoir patriotique explique sans doute l'intervention de Timessa dans un domaine d'action réservé aux hommes. En effet, si les sources littéraires et épigraphiques grecques rendent compte d'une centaine de libérations de captifs, une seule femme a agi dans ce cadre : Timessa. Les autres bienfaitrices grecques se sont plutôt illustrées dans le financement de bâtiments publics - religieux notamment - ou par des cadeaux en nature à la population (banquets ou fourniture d'huile pour les gymnases).

    Le décret ne dit rien sur la situation personnelle de Timessa. Il ne la rattache à aucune lignée familiale. Ce silence est surprenant : l'action des autres bienfaitrices grecques connues est inscrite dans une tradition héréditaire. La figure de Timessa est donc exceptionnelle à trois titres : par la nature du bienfait réalisé, par le caractère individuel – et non familial - de son initiative, enfin par la date précoce de son action, près d'un siècle avant l'entrée en scène de la plupart des bienfaitrices grecques. Timessa apparaît ainsi comme une sorte de prototype de la bienfaitrice grecque. Les honneurs civiques qu'elle reçut (couronne et proédrie) étaient - avant elle - attribués à des hommes ; après elle, ils le furent aussi à des femmes méritantes.


    Notes


    Liens

  • Procédure de rachat de captifs grecs vendus à l'encan
    Voir le module Être prisonnier en Grèce ancienne.

  • Bibliographie pour la fiche
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