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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des royaumes et des cités

    Le rôle public des reines

    "Le roi Antiochos à Anaximbrotos, salut. Nous voulons accroître autant que possible les honneurs rendus à notre soeur la reine Laodice et nous estimons que cela nous est très nécessaire, non seulement parce qu’elle vit à nos côtés avec tendresse et sollicitude, mais encore parce qu’elle est pieuse envers la divinité et aussi parce que nous accomplissons avec affection tout ce qu’il est convenable et juste qu’elle obtienne de nous. Nous décidons en particulier que, de même que des grands-prêtres de notre culte sont nommés dans le royaume, seront instituées dans les mêmes lieux des grandes-prêtresses attachées au culte (de Laodice) ; elles porteront des couronnes d’or à son effigie et leur nom sera inscrit dans les contrats à la suite des grands-prêtres de nos ancêtres et des nôtres."
    Stèle, Eriza, 193 av. J.-C.

    Laodice V était la fille du roi du Pont, Mithridate II. Par sa mère, elle était la cousine du roi séleucide Antiochos III qu'elle épousa en 221 av. J.-C.

    Selon l'édit, le culte de Laodice devait être associé à celui des souverains puisque des grandes-prêtresses dévolues au culte de la reine étaient instituées dans les sanctuaires où officiaient les grands-prêtres royaux. Les grandes-prêtresses, de haute extraction, devaient être citées au bas des contrats officiels et porter de riches couronnes ornées du buste de la souveraine gravé en ronde-bosse dans un médaillon central. Le modèle proposé est celui du culte des reines ptolémaïques ; Laodice est d’ailleurs parée du titre ptolémaïque de "soeur-reine". Ce titre honorifique marque l’accession de Laodice à un statut religieux officiel.

    Laodice fut la première reine séleucide à bénéficier d’un culte royal établi dans tout le royaume, ce que l'on appelle un culte dynastique. Le roi Antiochos justifie le privilège exceptionnel accordé à Laodice par des motifs d’ordre affectif et religieux : la tendresse de Laodice envers lui et la piété de la reine envers les dieux.

    Certains commentateurs modernes ont toutefois tenté d’y chercher des raisons d’ordre politique : de 212 à 206 av. J.-C., Antiochos avait entrepris une expédition dans les régions orientales éloignées du royaume. Durant les six années qu’avait duré la campagne du roi, la reine Laodice avait exercé la régence aux côtés de son fils, Antiochos le Jeune, âgé de 9 ans au départ de son père. Les honneurs cultuels qui lui sont rendus pourraient être un geste de remerciement du roi à l'égard de son épouse. Certes, dix ans s’écoulent entre le retour du roi et l’instauration du culte de Laodice, mais la reine avait été très active dans le royaume durant cet intervalle et elle avait reçu des honneurs cultuels de la part de villes du royaume comme Sardes, Téos ou Iasos.

    Cependant, en présentant dans son édit le culte dynastique de la reine comme un témoignage d’amour conjugal, et non comme une reconnaissance du travail accompli par Laodice en tant que régente et reine, Antiochos se réservait la totalité du pouvoir politique, ne laissant à son épouse qu’un rôle d’apparat. Il indiquait que la reconnaissance par l'Etat du rôle public de la reine s’exprimait essentiellement à travers le domaine religieux.




    Bibliographie pour la fiche
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