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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Polythéisme et anthropomorphisme

    Les dieux des Grecs

    Le monde des dieux grecs est une société d’êtres supra-humains organisée familialement dans les traditions mythologiques et fonctionnellement dans le cadre du culte. Précisons toutefois que les intrigues mises en scène par les mythes ne sont pas indépendantes des fonctions divines et que les liens familiaux entre dieux peuvent se manifester aussi dans les sanctuaires. Polythéisme et anthropomorphisme sont les caractéristiques les plus générales de cet ensemble. La pluralité, inhérente à tout système polythéiste, n’implique pourtant pas, dans le cas de la Grèce, un nombre infini de divinités. Les « grands » dieux, dont les noms apparaissent dans tous les dictionnaires et manuels de mythologie, sont bien connus : Zeus, Poséidon, Apollon, Hermès, Dionysos, Arès, Héphaïstos, Héra, Déméter, Artémis, Aphrodite, Athéna, Hestia, etc. Dans leur culte, ils reçoivent le plus souvent une épithète, qui accentue encore le caractère pluriel du système (par ex. Zeus Basileios, Zeus Meilichios, Zeus Téléios, etc.). Cette épithète, qu’à la suite des Grecs nous appelons « épiclèse » (epiklesis) vient préciser l’aspect particulier sous lequel la divinité en question est tout particulièrement honorée dans la communauté où elle est ainsi qualifiée. Cette épiclèse peut être :
    toponymique : elle est forgée sur le nom du lieu de culte ou sur sa cité d’origine;
    topographique : elle précise le cadre naturel du culte;
    fonctionnelle : elle définit l’orientation particulière de l’action divine;
    mythologique : elle est liée à l’histoire présumée de la divinité;
    liturgique : elle évoque une particularité dans l’action rituelle.

    On trouvera également maints recouvrements entre ces différentes catégories.

    Le nom propre du dieu constitue ce que l’on pourrait appeler le plus petit commun dénominateur de sa figure et de ses pouvoirs. Il s’agit d’une sorte d’« étiquette » reconnaissable par tous les Grecs. On parlera dès lors du niveau « panhellénique » de la conception des dieux. L’épiclèse, quant à elle, oriente le « noyau dur » des prérogatives divines dans une direction particulière, qui est parfois inattendue. C’est une des difficultés majeures dans la compréhension du panthéon des Grecs.
    Plusieurs dieux peuvent être honorés en une même circonstance : le fidèle attendra de chaque dieu un soutien spécifique, fondé sur son profil fonctionnel particulier. Par exemple, même s’il n’existe pas de « mariage religieux » au sens où nous l’entendons, Plutarque cite cinq divinités associées à la protection de l’événement : Zeus Téléios, Héra Téléia, Artémis, Peitho (la Persuasion), Aphrodite. Zeus et Héra reçoivent l’épiclèse Téléios/a qui renvoie à l’« accomplissement » qu’est le mariage (<telein : atteindre un but, accomplir), Peitho facilite le passage de la jeune mariée de la maison de son père à celle de son époux, Aphrodite patronne l’union sexuelle des jeunes gens et Artémis intervient à la fois lorsque la jeune femme perd sa virginité et lorsqu’elle accouche.

    Les dieux possèdent donc des prérogatives qui forment ce que les Grecs appellent leur time, leur « part d’honneur ». Méconnaître cette time, c’est-à-dire négliger un dieu dans une circonstance où il intervient de droit, conduit le fautif à encourir la colère divine. Les tragiques athéniens ont trouvé dans ces négligences coupables un ressort dramatique remarquable. Par ailleurs, les diverses calamités (famine, épidémie, etc.) qui pouvaient s’abattre sur des communautés étaient souvent interprétées, notamment par les oracles, comme le résultat de la colère d’un dieu bafoué dans sa time.



    Notes



    Bibliographie pour la fiche
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