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    Modules > Femmes et vie publique à l'époque hellénistique > En public, au service des dieux

    Femmes et festivals religieux (suite)

    "Dieux. A la Bonne Fortune. Telles sont les conditions auxquelles A[g]asikratis, fille de [Tei]sias, a consacré à Poséidon trois cents drachmes d'argent en son nom, en celui de son époux Sophanes, en celui de son fils Sosiphanes et en celui de ses filles Nikagora et Aristo[k]leia. Sur les intérêts de cette somme, on offrira une victime rituelle à Po[s]éidon et une victime rituelle à Zeus Sauveur ; on dressera l'autel devant la statue de Sophanes, l'époux d'Agasikratis, et on dépensera le reste des intérêts ; on offrira le sacrifice tous les deux ans, le septième jour du mois Artemisios. Les exécuteurs testamentaires désignés s'occuperont de tout au mieux et veilleront en particulier à ce que le sacrifice soit célébré à la date convenue ; ils nettoieront les statues qui se trouvent dans l'exèdre, ainsi que celle d'Aga[s]ikratis qui se trouve dans le temple, et les couronneront avec soin. Lorsque (les exécuteurs testamentaires) présenteront le compte de leurs dépenses, ils jureront avoir rempli leur office correctement et en toute justice."
    Stèle, Calaurie, IIIe s. av. J.-C.

    Cette consécration de 300 drachmes faite au sanctuaire de Poséidon par Agasikratis se comprend comme une fondation testamentaire dont les clauses devaient être réalisées après le décès d'Agasikratis.

    On peut s'étonner du fait que la fondatrice ne soit pas représentée ici par un tuteur, comme le voulait en théorie le droit grec. Les exemples montrent que la théorie était souvent taillée en brèche.

    La fondation d'Agasikratis réservait une place importante à la famille. Des membres de la famille d’Agasikratis disposaient de statues à leur effigie dans une exèdre, située dans l'enceinte du sanctuaire. L'inscription fait également état d’une statue de Sophanes, l’époux décédé d’Agasikratis. La statue d’Agasikratis s’élevait, elle, dans le bâtiment principal du complexe sacré. Le texte de fondation était vraisemblablement exposé dans l’exèdre familiale.


    Un autel devait être dressé devant la statue de Sophanes, en rapport avec le sacrifice qui devait être accompli, à un rythme biennal, au nom d'Agasikratis, de son époux et de leurs enfants en l'honneur de Poséidon et de Zeus. Les frais occasionnés par le sacrifice, la mise en place de l'autel, l’entretien et l’ornementation des statues étaient prélevés sur les intérêts de la somme de 300 drachmes léguée par Agasikratis.

    La fondation testamentaire d'Agasikratis peut être rapprochée d'autres documents parallèles. Tous montrent que les fondations féminines répondaient à un double objectif : honorer les dieux et glorifier la famille des donatrices. Des femmes riches, autorisées à disposer de leurs biens et à tester, ont utilisé leurs droits pour perpétuer le souvenir de leur famille. Et pour augmenter ce prestige familial et donner à leur action un caractère officiel, elles ont ancré leur fondation dans un contexte religieux.



    Bibliographie pour la fiche
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