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    Modules > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > Naître différent

    Tolérance ou exclusion?

    "Ceux qui ont écrit sur la prise des vestales (...) ont affirmé qu'il est sacrilège de prendre une fille à moins de six ans ou plus de dix, de même une fille qui n'ait plus son père ou sa mère, de même une infirme de langue, débile d'oreille ou marquée par quelque tare corporelle" (itemque quae lingua debili sensuue aurium deminuta aliaue qua corporis labe insignita sit).
    Aulu Gelle, Nuits Attiques, 1.12.1-3.


    Que deviennent les enfants atteints de malformations physiques? Toutes les anomalies sont-elles synonymes d'handicap dans la vie quotidienne?

    Accepter un enfant différent
    L'élimination d'enfants faibles ou malformés ne fut pas pratiquée de manière systématique. Les textes médicaux font allusion aux soins qu'il faut donner aux nouveau-nés plus frêles, et divers auteurs évoquent, parfois sur le mode ironique, l'affection que portent les parents à leurs enfants, même physiquement imparfaits.
    "Quand le fils louche, le père dit qu'il cligne des yeux, s'il est ridiculement petit (...) il l'appelle mon poulet, si l'enfant a des jambes tordues, il dit qu'il boîte légèrement; s'il a les pieds estropiés, il prétend qu'il marche en dehors" (Horace, Satires, 1.3.44).
    Pline raconte qu'à l'époque d'Auguste un enfant muet de naissance (mutus natura) reçut une éducation adaptée à son infirmité, puisqu'on lui apprit à peindre (Histoire naturelle, 35.21).

    Sacerdos integer sit
    Sous l'Empire, la peur qu'inspirent les personnes présentant des anomalies physiques semble s'être atténuée, mais le tabou religieux qui pèse sur eux perdure.
    Ce tabou est profondément enraciné dans le monde judéo-chrétien. Le Lévitique 21 stipule ainsi que doivent être exclus de la prêtrise et même de l'accès au temple tous les infirmes, qu'ils soient atteints d'une malformation congénitale ou mutilés suite à une maladie ou un accident.
    A Rome, l'accès à la plupart des prêtrises est limité par deux conditions: avoir ses deux parents encore en vie et ne pas avoir d'infirmités physiques. Ainsi, pour être apte à devenir Vestale, la fillette ne devait pas avoir de trouble d'élocution, ni être sourde, même partiellement, ni avoir d'autre défaut physique, explique Aulu-Gelle (Nuits Attiques, 1.12.3).
    Le cas de Lucius Caecilius Metellus, élu Pontifex maximus en 243 av.J.-C. est révélateur. Alors que le temple de Vesta était en feu, Metellus sauva les objets sacrés du culte, mais il devint aveugle. Sénèque l'Ancien consacre à son cas une plaidoirie fictive qui explique pourquoi Metellus, malgré son héroïsme ne pouvait pas rester chef du collège des pontifes.
    "Il faut éviter, comme un funeste présage un prêtre qui a une tare physique. On y fait attention même pour les victimes, raison de plus pour les prêtres. C'est quand le sacerdoce a été accordée qu'on doit surtout noter toutes les infirmités. Il faut que les dieux soient irrités pour qu'ils en envoient à leur prêtre. Il est évident que les dieux ne sont pas favorables à leur prêtre puisqu'ils ne le sauvent pas." (Sénèque, Controverses, 4.2).




    Liens

  • Article
    M. R. Fullan, Views on Disability and Deformity in Ancient Greece and Rome as compared to Modern America, site du Department of Classical Studies at the College of William & Mary.
  • Historical Bibliography
    M. Miles, Historical Bibliography on Educational & Social Responses to Disabilities & Childhood in some Middle Eastern & South Asian Countries, from Antiquity to the 1950s.

  • Bibliographie pour la fiche
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