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    Modules > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > Naître différent

    La République: le temps des prodiges

    "Avant le tirage au sort des provinces par les consuls, on annonça des prodiges: une pierre était tombée du ciel dans le bois sacré de Mars, sur le territoire de Crustumérie; un enfant au corps dépourvu de membres était né sur le territoire romain et l'on avait aperçu un serpent muni de quatre pattes; à Capoue, de nombreux édifices du forum avaient été frappés du feu céleste (...)".
    Tite-Live, Histoire romaine, 41.9.


    Le Romain de l'époque républicaine est attentif aux signes susceptibles de manifester une rupture néfaste de l'ordre cosmique, la Pax deorum. Tout phénomène inattendu et contre-nature est interprété comme un prodige annonçant un malheur pour l'ensemble de la communauté, guerre, famine, épidémie....

    Les prodiges observés sont de différentes sortes: phénomènes naturels (éclipse, comètes, pluie de pierres, de terre, tremblements de terre, épidémies...), malformations ou anomalies végétales, animales ou humaines. Un comportement insolite (un boeuf sur un toit, des guêpes dans le forum, les parleurs précoces) a aussi valeur de prodige. Ces signes doivent être transmis aux autorités, puis au pontifex maximus qui les consigne dans ses Annales avec les autres événements de l'année.

    Un enfant malformé constitue la catégorie la plus effrayante de prodige. La transgression des lois naturelles représente un signe inquiétant pour l'avenir de l'espèce humaine. Ces naissances ne sont pas une affaire privée, comme en Egypte ou en Grèce. C'est l'Etat qui autorise ou ordonne l'élimination du nouveau-né anormal.

    A Rome, cette pratique est connue par deux lois. La plus ancienne, attribuée à Romulus, obligeait les pères à élever tous les garçons et leur première fille, et à ne faire périr aucun enfant avant l'âge de trois ans, sauf s'il était malformé (anaperon) ou monstrueux (teras). Dans ce cas, l'enfant pouvait être exposé "tout de suite après la naissance", mais seulement après avoir été montré à cinq hommes du voisinage (Denys d'Halicarnasse, Antiquités Romaines, 2.15). Une disposition de la loi des XII Tables (Ve s. av. J.-C.) était plus impérative; selon Cicéron, elle aurait ordonné d'éliminer rapidement l'enfant atteint d'une monstruosité évidente (Traité des Lois, 3.19).

    Les historiens anciens et modernes ont relevé que la fréquence de ces prodiges est liée au climat d'insécurité politique que traverse la République romaine. Les phénomènes mystérieux se multiplient à chaque période de crise: la seconde guerre punique (218-202 av. J.-C.), les guerres de Macédoine (215-168 av. J.-C.), la guerre des alliés (91-88 av. J.-C.), les rivalités de César et Pompée (50-42 av. J.-C.)...
    Quand la crise éclate, des expositions collectives d'enfants normaux sont exceptionnellement aussi pratiquées. En 19 apr. J.-C., le très populaire Germanicus, le fils adoptif d'Auguste, mourut dans des circonstances douteuses, probablement d'empoisonnement. L'annonce de son décès suscita beaucoup d'émotion à Rome: "on lança des pierres contre les temples, on renversa les autels des dieux, certains particuliers jetèrent à la rue les Lares de la famille, ou exposèrent leurs enfants nouveau-nés" (Suétone, Caligula, 5.2).



    Bibliographie pour la fiche
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