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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Polythéisme et anthropomorphisme

    L’origine des mots

    Le polythéisme
    La notion (formée sur les mots grecs polus, « beaucoup », et theos, « dieu ») a été formulée par Philon d’Alexandrie au Ier s. av. J.-C. pour désigner un système religieux différent de la religion juive « monothéiste ». Alors que les Juifs – et plus tard les chrétiens et les musulmans – conçoivent l’existence d’un seul dieu, les Grecs, les Romains, mais aussi l’ensemble des populations du pourtour de la Méditerranée antique, peuplent le monde supra-humain d’un grand nombre de figures.
    Le terme permet donc de distinguer la croyance en un seul dieu d’un contexte où les dieux sont nombreux. Même si l’on a pu voir dans la conception trinitaire ou dans le culte des saints des éléments polythéistes en contexte chrétien «monothéiste», la notion de polythéisme reste une caractéristique essentielle des religions antiques. L’apologiste Lactance y verra une des aberrations inhérentes aux religions dites «païennes». À l’intérieur de ce système, certains courants de pensée ou certains cultes manifesteront des tendances à l’unification du divin. On parlera alors d’« hénothéisme » plutôt que de « monothéisme ».

    L’anthropomorphisme

    Ce mot d’origine grecque (anthropos, « humain », morphe, « forme ») n’a guère été employé par les Grecs eux-mêmes. L’emploi en a été systématisé par ceux qui étudient le phénomène de la figuration des dieux sous forme humaine. Et c’est en Grèce que l’anthropomorphisation des dieux a déployé l’essentiel de ses potentialités. Les dieux sont figurés comme des humains, hommes ou femmes, mais ils sont plus grands, plus beaux, plus forts et ils ne connaissent pas la vieillesse; des liquides physiologiques particuliers parcourent leur organisme, ils se reproduisent et ils doivent se nourrir : le nectar, l’ambroisie et la fumée des sacrifices leur permettent de se maintenir au mieux de leur forme, dans un contexte qui reste toujours celui de l’immortalité. Cet anthropomorphisme n’est pas que de surface : les dieux connaissent les mêmes passions que les humains, mais ils sont bien plus clairvoyants et la misère humaine n’est pas leur lot : ils sont dits bienheureux.

    C’est une critique virulente de cette vision des dieux qui, dès l’Antiquité, offre la meilleure définition de l’anthropomorphisme. Voici en effet ce que dit Xénophane (VIe-Ve s. av. J.-C.) :

    Mais les mortels disent que leur dieux sont nés, qu’ils ont des vêtements comme les leurs et une voix et un corps (21 B 14). Les Éthiopiens disent que leur dieux sont camus et noirs; les Thraces que les leurs ont les yeux bleu-vert et les cheveux roux (B 16). Mais si les bœufs, les chevaux ou les lions avaient des mains et pouvaient avec leurs mains peindre et produire des œuvres comme le font les hommes, c’est pareilles à des chevaux que les chevaux, et pareilles à des bœufs que les bœufs, peindraient des figures et ils feraient leur corps tel précisément que se trouve être celui de chacun (B 15). Tout ce dont les dieux ont été chargés par Homère et par Hésiode, c’est ce qui, de la part des hommes, est l’objet d’injure et de blâme : voler, commettre l’adultère et se tromper les uns les autres (B 11) (Xénophane, Diels-Kranz6; trad. L. Brisson).



    Bibliographie pour la fiche
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