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    Modules > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > Naître différent

    Dis-moi comment tu es né?

    A Rome, la déesse de la naissance, Carmentis, était aussi celle de la prophétie (carmen). La simple façon de naître pouvait présager le destin d’un enfant et déterminer le choix de son nom (cognomen) décrivait la singularité de sa naissance. Ces croyances se retrouvent dans de nombreuses cultures. En Afrique, chez les Yoruba, les naissances anormales imposent à l'enfant un nom particulier, comme s'il était "né avec un nom".

    Agrippa Naître les pieds en avant
    Certains signes sont jugés funestes. Naître les pieds en avant était ainsi jugé contraire à la nature. "La loi naturelle veut que l'homme naisse la tête la première, la coutume qu'il soit porté en terre les pieds les premiers", dit Pline l'Ancien (Histoire naturelle, 7.46). A Rome, on nommait de tels enfants Agrippa, de aegre partus, "enfanté difficilement". Néron, fléau de l'humanité, serait né de cette manière, ajoute Pline. Pour détourner le danger d'une mauvaise présentation de l'enfant, on invoquait deux Carmentes, Antevorta "celle qui tourne en avant", et Postverta "celle qui tourne en arrière" (Varron ap. Aulu-Gelle, Nuits Attiques, 16.16).

    Diaduménus ou Diadématus Naître coiffé
    D'autres singularités sont de bon augure. L'expression "né coiffé" désigne l'enfant qui vient au monde la tête couverte d'un morceau de membrane amniotique. Si elle n'est pas enterrée ou brûlée, la coiffe pouvait être séchée et conservée comme talisman. On lui attribua longtemps de nombreuses qualités: elle devait protéger de toute mort violente, notamment par noyade en souvenir du liquide amniotique.

    Caesar Naître d'une mère morte
    De nombreux témoignages se rapportent à la mort de femmes en couche. La fréquence de ces drames, sans doute très élevée, était acceptée avec résignation. La sagesse populaire traduit le sentiment que ces morts appartiennent à l'ordre naturel. Les enfants qui ont coûté la vie leur mère sont dits nés sous de bons auspices. Caesar proviendrait de a caeso utero: "tel Scipion le premier Africain ou le premier des Césars, qui dut son nom à la césarienne pratiquée sur sa mère" (Pline, Histoire Naturelle, 7.47). Une telle opération n'est toutefois pas envisageable avec succès avant la fin de l'époque moderne.

    Postumus Naître d'un père mort (ou: naître en dernier)
    L'enfant né après la mort de son père est nommé Postumus (post, après / humus, la terre). Le fils de Julie, fille d'Auguste, reçut ainsi le nom de son père, Agrippa, et le surnom Postumus, car son père disparut peu avant sa naissance.

    Nomen est omen, le nom est un présage, dit l'adage latin.
    Parfois le sens du nom de l'enfant ne devient apparent que plus tard. Ausone, poète bordelais (IVe apr. J.-C.), raconte que son petit-fils fut nommé Pastor car on avait entendu le son d'une flûte au dehors au moment de sa naissance. Ce prénom annonçait la brièveté de sa vie, éphémère comme le souffle qui traverse une flûte (Parentales, XI, 1-8).




    Bibliographie pour la fiche
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