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    Modules > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > La mort de l'enfant

    Lois et pratiques publiques: l'arithmétique du deuil

    "(Numa) régla lui-même le deuil et sa durée, suivant l'âge du mort. Ainsi, on ne portait pas le deuil d'un enfant en-dessous de trois ans, et pour tous ceux qui avaient dépassé cet âge, on ne le portait pas pendant plus de mois qu'ils n'avaient vécu d'années, sans dépasser dix mois, quel que fût l'âge du défunt. C'est aussi la durée du veuvage des femmes après la mort de leur mari."
    Plutarque, Vie de Numa, 12.3.


    Les funérailles d'enfants obéissent à des règles particulières. Elles varient selon l'âge du défunt. Les enfants en bas âge n'étaient en principe pas incinérés. D'après Pline l'Ancien, la coutume était d'inhumer les enfants morts avant la pousse des dents: "L’usage général veut qu’on n’incinère pas un être humain qui est mort avant la venue de ses dents (Histoire naturelle, 7.72). S'agissait-il des premières dents, vers l'âge d'un an, ou des deuxièmes dents, vers l'âge de sept ans?

    Selon Fulgence, évêque et théologien du VIe s. apr. J.-C., les nouveau-nés âgés de moins de 40 jours étaient enterrés sous l’auvent du toit de la maison. On appelait leurs sépultures des suggrundaria.

    A la pratique de l'inhumation pour les jeunes enfants correspond une gestion particulière du deuil. Une loi attribuée à Numa Pompilius règlait de manière précise la durée autorisée du deuil. Plus l'enfant avait vécu, plus la manifestation publique du chagrin pouvait être marquée. S'il avait plus de 3 ans, il était permis de le pleurer autant de mois qu'il avait vécu d'année, mais pas plus d'un an (ou dix mois). Pour les tout-petits jusqu'à 3 ans, le deuil était partiel (sublugetur). Quant aux nourissons, affirme Cicéron, leur disparition devait être supportée aequo animo (Tusculanes, 1.39).

    Alors que les funérailles d'adultes (funus ou pompa funebris) faisaient l'objet de cortège, de discours (laudatio funebris) inscrivant le disparu dans la lignée des ancêtres, les tout-petits, pas encore entièrement intégrés dans la famille et la communauté, étaient enterrés rapidement, de nuit, discrètement, sans pleureuses. A la mort de sa petite fille de deux ans, Plutarque félicite son épouse d'avoir évité toute "pompe coûteuse et recherchée", et d'avoir mené les funérailles "sans tapage en compagnie de nos proches seuls" (Oeuvres morales, Consolations à sa femme, 609A).

    Les découvertes archéologiques confirment l'existence de ces pratiques. Plusieurs sites de Gaule romaine attestent qu'elles furent adoptées dans les provinces. L'inhumation y est généralement réservée aux nouveaux-nés, l'incinération n'est pratiquée que chez les enfants âgés de plus de deux ans. Le nouveau-né est parfois inhumé près de la maison, voire même dans l'habitat, comme aux Sallèles d'Aude. Des concentrations de tombes de bébés sont aussi observées dans plusieurs nécropoles gallo-romaines.



    Liens

  • Argentomagus
    Les nécropoles.

  • Bibliographie pour la fiche
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