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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Le terme de "religion"

    Le "sacré" et le "profane" en Grèce

    La langue grecque compte au moins quatre termes qui peuvent, selon les contextes, être traduits par « sacré ».

    Hieros qualifie une multitude de réalités naturellement « sacrées » ou « consacrées » par circonstance. Substantivé au singulier, hieron désigne le sanctuaire. Au pluriel, les hiera sont des objets, des institutions, des événements en relation avec une opération rituelle, en sorte que ta hiera est peut-être une des expressions les plus susceptibles d’évoquer la notion de « religion ». La qualité désignée par hieros est étrangère à la notion de tabou ou de maudit; elle est essentiellement positive et elle évoque l’emprise d’une puissance apparentée aux forces créatrices et à l’activité divine. Hieros peut aussi, dans un sens plus technique, signifier l’appartenance à un dieu ou la relation avec un sanctuaire.

    Hosios signifie la valeur normative inhérente à la qualité de « sacré ». Une attitude, une conduite, une parole sont ainsi qualifiées si elles se conforment à une règle religieuse – informelle – qui englobe l’univers entier. L’acte qui n’est pas hosios (anosios) perturbe l’équilibre de la famille, de la société et, à terme, l’harmonie du monde. Un exemple parmi bien d’autres : la conformité du rituel à la tradition coutumière ancestrale, essentielle pour l’action rituelle, relève de la catégorie du hosios, du sacré normatif. Un objet peut également être qualifié de hosios. Cela signifie que son acquisition et son utilisation sont légitimes. Quant à l’expression ta hiera kai ta hosia, trop longtemps conçue en fonction d’une polarité « sacré-profane », elle réunit en ses termes les deux acceptions du sacré, la puissance religieuse et la condition de son exercice autorisé. Le sacré évoqué par hosios est étroitement lié à la notion de piété.

    Hagios a été choisi par les chrétiens pour traduire en grec la notion de « sainteté ». D’où le terme d’hagiographie. Toutefois, dans les textes grecs eux-mêmes, le mot hagios est relativement peu attesté. À la période classique, il qualifie surtout les sanctuaires auxquels il confère un très haut degré de « sacralité » et accentue la vénération dont ils sont naturellement l’objet. C’est l’ancienneté du lieu qui justifie le plus souvent une telle appréciation. Cette idée s’affirme encore pour des usages, des rites (cf. textes d'Isocrate, fiche 1.3), pour la patrie ou les ancêtres qui peuvent être dits hagioi.

    Hagnos est bien moins répandu que hieros, mais plus fréquent que hagios. Déterminant aussi bien les dieux que les hommes, l’épithète « signifie une qualité vénérable, sensible chez le dieu dans la mesure où il se maintient au-dessus de l’humanité, où il ne se confond pas avec l’événement, corrélative pourrions-nous dire de sa transcendance; une qualité que l’homme possède ou qu’il peut momentanément retrouver dans la mesure où il évite de s’engager dans un acte de génération et de mort : dans la mesure, par conséquent, où il s’abstrait de la vie effective » (Rudhardt 1958, p. 41). L’hagneia des hommes est à la fois une absence de souillure et une référence aux qualités attendues des fidèles par leurs dieux. Le sacré évoqué par hagnos est étroitement lié à la notion de pureté.


    Liens

  • Fiche 1.3
    « Dire la religion en Grèce »

  • Bibliographie pour la fiche
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