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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Le terme de "religion"

    Dire la "religion" en Grèce

    "L’impossibilité où nous nous trouvons de traduire le mot religion prouve à elle seule que le concept grec ne recouvre pas exactement le champ du nôtre; nous devons nous attendre à ne pas trouver dans la religion grecque l’équivalent de ce que prétend offrir une religion moderne, mais nous devons être prêts, en revanche, à reconnaître pour religieuses dans le monde hellénique des réalités ou des notions que nous tiendrions spontanément pour profanes."
    J. Rudhardt, Notions fondamentales, p. 12.


    En latin, religio ne correspond pas totalement à la notion courante de « religion » et le risque d’anachronisme réside dans l’apparente familiarité du vocabulaire. Ce risque est moindre en contexte grec. En effet, il n’existe pas, dans la langue grecque, de terme que l’on pourrait spontanément traduire par «religion». Le vocabulaire « religieux » est toutefois abondant, mais morcelé. Quelques textes permettront d’y voir plus clair.
    Au Ve siècle, Hérodote raconte le conflit qui a opposé les Grecs aux Perses. Il évoque notamment le fait que les Athéniens furent approchés par un envoyé du Grand Roi, qui leur suggérait de se ranger aux côtés des Mèdes, et d’éviter ainsi le ravage de l’Attique. Aux Spartiates, qui craignaient ce ralliement, les Athéniens répondirent, outrés, qu’ils n’avaient pas l’intention de trahir ce qui constituait la grécité (to Hellenikon) : même sang, même langue, sanctuaires des dieux et sacrifices communs, mœurs et coutumes similaires. Les « sanctuaires des dieux et sacrifices communs » correspondent à ce qu’un moderne aurait appelé, dans des circonstances similaires, « la religion ».
    Au siècle suivant, l’orateur Isocrate livre, dans ses plaidoyers, une série de notions-clés qui entrent dans la catégorie « religion ». Sous l’appellation générique de «ce qui concerne les dieux», on retrouve essentiellement le respect de la tradition dans l’accomplissement des rites. Il faut également noter que la piété à l’égard des dieux est mise en strict parallèle avec la justice envers les humains. C’est dans ce sens qu’il faut lire aussi la défense de Socrate par Xénophon, qui fait le lien entre piété envers les dieux et le respect des lois de la cité. L’impiété sera donc, pour Aristote, une faute commise envers les dieux et les daimones, mais aussi envers les défunts, les parents et la patrie.
    Tous les « ingrédients » de la notion de « religion » se trouvent donc bien présents dans ces différents textes, même si aucun mot ne les englobe de façon systématique.


    Notes


    Bibliographie pour la fiche
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