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    Modules > Religions grecque et romaine : quelques thématiques > Le contact avec les dieux

    Les cultes à mystères en Grèce

    Les mystères forment le versant le moins communautaire de la religion grecque. La participation à ces célébrations secrètes relève d'un choix personnel. Comme l'a bien montré W. Burkert, ces cultes procèdent d'une quête de protection et de salut semblable au mouvement qui mène à la consécration d'ex-voto dans les temples : il y a une différence de degré, de profondeur, et non de nature entre l'initiant cherchant la promesse d'une vie meilleure, ici-bas et au-delà, et le fidèle ordinaire formulant un vœu pour s'attirer les faveurs d'un dieu face aux multiples incertitudes de l'existence. Comme les vœux, l'initiation pouvait être renouvelée. Deux divinités grecques sont tout particulièrement engagées dans ce type de culte : Déméter et Dionysos.
    Selon l'Hymne pseudo-homérique en son honneur, Déméter avait fondé la célébration de ses mystères à Éleusis, une bourgade de l'Attique. Le secret sur le contenu des rites et sur la nature de la révélation a été bien gardé. Nous savons seulement qu'il s'agissait davantage d'une expérience vécue que d'un enseignement de type ésotérique, que le symbolisme agraire était largement exploité et que les initiés repartaient avec de douces espérances pour l'au-delà. L'intégration de ce culte dans le calendrier athénien est le signe le plus clair que les mystères ne dissociaient pas les groupes successifs d'initiés de la vie religieuse de la cité. Il faut également souligner que n'importe qui pouvait se faire initier, homme, femme, grec, étranger, esclave ou libre, à condition de comprendre le grec.
    Le cas de Dionysos est plus difficile à circonscrire et donc plus controversé. Dans les années 1970 et 1980, de nouveaux documents ont été mis au jour, prouvant l'existence, dès la période classique, d'une eschatologie dionysiaque. Il s'agit de lamelles d'or trouvées dans des tombes en Sicile et en Thessalie, auxquelles il faut adjoindre de curieuses tablettes en os provenant d'Olbia, sur la Mer Noire. La caractéristique essentielle de tous ces documents, venus s'ajouter à d'autres déjà connus (Grande Grèce, Thessalie, Crète), est de promettre une vie après la mort. Cette espérance est directement liée à une initiation préalable permettant d'accéder au statut de Bacchos, c'est-à-dire de sectateur de Dionysos(-Bacchos). Cette initiation, dont on sait qu'elle comprenait des purifications, devait être liée à la mythologie orphique de la mort du dieu, déchiqueté par les Titans. C'est la raison pour laquelle on parle souvent d'une eschatologie "orphico-dionysiaque". Le cadre de ces mystères est donc différent de celui d'Éleusis, dans la mesure où il n'est pas constitué d'un sanctuaire contrôlé par la communauté civique, mais que ces initiations sont aux mains d'"experts" itinérants. Le rapprochement avec l'affaire des Bacchanales à Rome et la répression qu'elle engendra montre le caractère particulier de ce type de dévotion dans le contexte de la cité antique.




    Bibliographie pour la fiche
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