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    Modules > Religions grecque et romaine : quelques thématiques > Des actes de culte

    Le sacrifice romain

    Pour traiter du sacrifice romain, sanglant et végétal, il faut se rapporter à ce qui a été dit à propos du sacrifice grec. Pour la culture romaine vaut la même distinction, formulée pour la Grèce, entre "sacrifice" et "offrande", ainsi que les affirmations concernant la centralité du sacrifice dans les cultes religieux privés et public. Sa fonction est également proche de celle de son homologue grec. Les finalités du sacrifice romain sont très variées : il sert à honorer les dieux lors de leur fête annuelle, à se purifier pour une faute commise, à obtenir des dieux ce dont on a besoin (santé, sécurité de l'État, retour d'un voyage, d'une expédition militaire, etc.). Il est donc surtout un canal de communication avec les dieux, qui s'adapte, de fois en fois, pour exprimer toutes sortes de messages. En même temps, il partage aussi avec le sacrifice grec la fonction symbolique de redéfinir, à chaque fois, la place de l'homme dans le cosmos, à bonne distance des dieux.
    Mais alors, quelle est la spécificité du sacrifice romain ?
    La spécificité apparaît dans les détails. Si les séquences rituelles qui composent le sacrifice romain (procession, consécration, abattage, offrande, banquet) ressemblent, elles aussi, à celles du sacrifice grec, elles se différencient cependant par des détails spécifiques. Ceux-là sont des ingrédients et des gestes que les Romains considèrent comme porteurs de leur propre identité culturelle et religieuse.
    Le premier exemple est celui de la "préface" (praefatio), qui manque dans le sacrifice grec. Elle consiste en une libation d'encens et de vin, accomplie sur un foyer portatif tout de suite après la procession. Sa fonction est d'ouvrir la communication avec le divin : l'encens et le vin, éléments divins par excellence, servent à attirer l'attention des dieux et à les inviter sur terre; le foyer portatif, dont le caractère provisoire rappelle l'aspect éphémère de la vie humaine, représente la terre et les hommes qui offrent le sacrifice. Si la préface indique simplement la communication entre les deux niveaux, humains et divin, la phase qui suit sert à la préciser davantage.
    Il s'agit de la séquence appelée immolatio, un mot latin qui signifie non pas "abattage de la victime", comme ses dérivés français ("immolation, immoler"), mais "consécration". Les gestes de cette séquence se différencient, eux aussi, de ceux du sacrifice grec. Le célébrant verse sur la tête de l'animal le vin et la mola salsa, une mixture d'épeautre et de sel, et passe un couteau sur l'échine de l'animal. Encore une fois, expliquer la symbolique des éléments permet de pénétrer mieux la signification de cette séquence. Le vin, on le sait déjà, représente le destinataire divin. La mola salsa, un aliment fabriqué par les Vestales, représente le peuple romain : il est porteur de l'identité romaine comme l'orge l'est de l'identité grecque (cf. Denys d'Halicarnasse, II, 25, 2). Le geste du couteau symbolise l'acte d'offrir. L'immolatio précise donc que les Romains offrent à leurs dieux l'animal, qui a ce moment-là est transféré du domaine humain à celui des dieux.
    Une autre différence fondamentale est celle de l'offrande sur l'autel. La partie qui revient à la divinité, n'est pas, comme en Grèce, constitué des os recouverts de graisse, mais de certains organes internes de l'animal, les exta, considérés comme le siège de la vie (foie, poumons, cœur, fiel, et omentum, c'est-à-dire la membrane qui enveloppe les intestins). Ceux-ci, bouillis dans des marmites, sont déposés sur l'autel et assaisonnés de mola salsa et de vin. Là, les exta sont entièrement consumés, puisqu'ils sont réservés exclusivement aux divinités, les hommes n'ayant pas le droit de les manger.
    La mise en relief de ces différences permet de comprendre que les Romains avaient construit leur propre "langue" pour communiquer avec les dieux, un peu différente de celle des Grecs et des autres peuples. Il serait donc erroné de considérer le sacrifice romain comme un plagiat du sacrifice grec, même s'il partage avec celui-ci des traits généraux. Le sacrifice romain, comme les autres expressions religieuses de ce peuple, est le résultat d'une sédimentation de gestes qui ont une signification en eux-mêmes et qui constituent, ensemble, un discours, plein de sens pour la communauté qui les pratique.




    Liens

  • Le personnel cultuel romain
    Fiche 1.4 de ce module.
  • La divination à Rome
    Fiche 3.2 de ce module.
  • Le sacrifice grec
    Fiche 2.2 de ce module.

  • Bibliographie pour la fiche
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