UniFR Logo
    Modules > Religions grecque et romaine : quelques thématiques > Des actes de culte

    Sacrifices et offrandes

    À s'en tenir à l'étymologie du mot sacrifice, il s'agit de "l'accomplissement de choses sacrées" puisque c'est le sens du mot latin sacrificium (sacra et facere). Toutefois, l'acte sacré par excellence était, à Rome comme en Grèce, la mise à mort ritualisée d'un animal en l'honneur des dieux, la notion de sacrifice en est venue à ne plus désigner que ce rituel central.
    L'emploi du terme de sacrifice ne va cependant pas sans problème, à la manière des termes de religion ou de mythe. En effet, c'est l'offrande qui est centrale dans le culte, mais la distinction entre offrande et sacrifice n'apparaît pas toujours clairement, et les travaux modernes reflètent la confusion qui existe dans les sources anciennes. Si l'on s'accorde à baptiser la mise à mort d'un animal du nom de "sacrifice", on peut hésiter à qualifier comme telles les oblations végétales, excepté celles qui sont explicitement vouées à se consumer ou à se corrompre. Si un sacrifice entre, avec des nuances, dans la catégorie générale de l'offrande, toute offrande ne peut être conçue comme un sacrifice. C'est la destruction de l'objet, de l'aliment ou de l'animal qui est considérée comme détermi-nante. Dans le cas d'une offrande végétale détruite, on parle de sacrifice non sanglant; dans le cas où un animal est mis à mort, on qualifie le sacrifice de sanglant.
    À la catégorie de l'offrande appartiennent les dons non périssables abandonnés dans les sanctuaires. Ce type de consécration n'aboutit pas à la destruction du don. Au contraire, son dépôt dans un sanctuaire en assure la conservation et garantit la mémoire du don et des raisons qui l'ont motivé (d'où le terme d'ex voto).
    Dès que l'offrande est corruptible, elle entre virtuellement dans la catégorie du sacrifice puisque sa destruction intervient à plus ou moins long terme. Ainsi, l'intendance du temple finit par évacuer les restes des végétaux simplement déposés sur une table à offrande. Le sacrifice non sanglant voue quant à lui à la flamme de l'autel des produits surtout alimentaires : fromage, lait, miel, gâteaux, huile, fruits et légumes, à moins que, pour les liquides, ils ne soient répandus sur la terre et absorbés par elle. Il en va ainsi de l'offrande des prémices : l'aparchê, en grec, ou les primitiae, en latin, sont le prélèvement, sur un bien dont les hommes vont bénéficier (notamment les récoltes), d'une part destinée aux dieux. Sa destruction l'apparente étroitement au sacrifice.
    À la lisière entre l'offrande et le sacrifice se situe encore la libation, qui constitue un rituel autonome ou, plus fréquemment, inaugure et referme une cérémonie de plus grande envergure. Faire une libation consiste à répandre, sur un autel ou sur le sol, du vin mêlé d'eau, ou tout autre liquide, mélangé ou non. Accompagnée d'une prière, la libation est le rite le plus courant de la vie quotidienne (au lever, au coucher, avant les repas) et un acte indispensable au bon déroulement d'un sacrifice. Dans le cadre des repas ou des banquets, la libation est le correspondant liquide des prémices alimentaires : on se défait d'une partie de ce que l'on va boire, tout en conférant une dimension supplémentaire à la solidarité entre les commensaux. Ce lien, de même que le caractère propitiatoire du rite, permet également de comprendre l'usage de la libation pour accueillir un hôte ou marquer une séparation. C'est en outre une "opération dynamique" qui attire l'attention des dieux et crée une situation favorable, par exemple, à la tenue des rites sacrificiels qui s'ensuivent. La libation est un "rite de passage" pour entrer dans le domaine du sacré et pour en sortir.


    Liens

  • Acception du terme "religion"
    Module Les religions grecque et romaine : notions et méthodes, fiche 1.1, "Religion" : le mot et la chose
  • Acception du terme "mythe"
    Module Les religions grecque et romaine : notions et méthodes, fiche 3.1, L’origine des mots et la difficulté d’une définition

  • Bibliographie pour la fiche
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse