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    Modules > Sources écrites de l'Egypte ancienne > Textes "historiques": reflets de l'idéologie politique

    La stèle du rêve de Thoutmosis IV

    Un jour, il arriva que le fils royal Thoutmosis alla se promener à l'heure du midi ; il s'assit à l'ombre de ce grand dieu ; le sommeil et le rêve s'emparèrent de lui.

    Le plateau de Giza sur lequel s'élèvent les pyramides des rois de la IVe dynastie (Khéops, Khephren, Mykérinos), le sphinx et la nécropole des haut dignitaires de l'Ancien Empire était déjà un site prestigieux et plus que millénaire au Nouvel Empire.
    C'est ici que joue le récit gravé sur une stèle en granit rose haute de 3,61 m et placée entre les pattes du sphinx sous le règne de Thoutmosis IV (1400-1390). Ce dernier était le petit-fils de Thoutmosis III qui avait amené l'Égypte à sa plus grande extension territoriale et à une des périodes les plus prospères de sa longue histoire. Il était certainement le successeur légitime et prédestiné de son père Amenhotep II, mais le texte gravé sur cette stèle met en valeur non pas la succession logique, mais le choix divin du nouveau souverain.
    Cette inscription est un des plus beaux exemples d'un genre littéraire que l'on appelle la «Königsnovelle». Ce sont des récits plus ou moins romancés d'un événement concret survenu dans la vie d'un pharaon. Il s'agit toujours d'un événement qui illustre le lien étroit qui unit le roi aux dieux. En général, l'entourage du roi est également inclus dans l'histoire: souvent le roi dialogue avec ses conseillers. Dans la stèle de Thoutmosis IV c'est le repos des camarades de chasse, de sa suite, qui offre le cadre de l'événement qui détermina le destin du jeune prince.
    La stèle est datée de l'an 1. De manière réelle ou fictive, elle marque le début du règne, comme une explication des circonstances qui ont menée à l'accession au trône. La narration présente une journée de chasse du prince Thoutmosis et de sa suite sur le plateau de Giza. Ce début est riche en clichés qui évoquent la force et la vaillance du prince qui vise sur des cibles en bronze ou sur des lions et qui est excellent cavalier. À l'heure de la sieste, il s'assoupit à l'ombre du sphinx («la très grande statue de Khepri») qui était à son époque considéré comme l'image du dieu solaire, le dieu créateur et dieu suprême de l'univers, tantôt appelé Khepri, tantôt Harmachis-Khepri-Rê-Atoum (une combinaison de différents aspects du dieu solaire). Dans un rêve, ce dieu apparaît au prince, se présente comme son père et lui promet la royauté. Mais la divinité semble poser une condition puisqu'elle évoque sa souffrance due au fait que le sable envahit sa statue.
    Le récit explique donc le couronnement de Thoutmosis IV par le fait que le dieu solaire l'ait choisi comme son fils et lui ait demandé de prendre soin de lui. Il est du devoir d'un fils méritant de s'occuper de son père, dans le cas présent de désensabler le sphinx. C'est à travers le rêve que le dieu s'est manifesté à son élu.
    La fin du texte est abîmée, mais elle présentait certainement l'accomplissement de cette prédiction.
    Il est probable que Thoutmosis IV ait en effet fait entreprendre des travaux de restauration du sphinx. Une série de stèles plus petites retrouvées dans les environs du sphinx, dédiées à différentes divinités, témoigne de l'importance cultuelle de ce site sous Thoutmosis IV. Pour empêcher un nouvel ensablement du sphinx, Ramsès II, cent cinquante ans plus tard, fit construire un mur de protection.
    Des gravures du XIXe siècle montrent le sphinx à nouveau totalement ensablé, seule sa tête dépassait alors du sable.



    Bibliographie pour la fiche
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