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    Modules > Sources écrites de l'Egypte ancienne > Textes "historiques": reflets de l'idéologie politique

    La stèle frontière de Sésostris III à Semna

    Je suis un roi qui attaque quand on l'attaque et reste silencieux quand on est silencieux, qui répond à une situation en fonction de ce qui peut en résulter.

    Durant tout le Moyen Empire, l'Égypte a établi et consolidé une mainmise politique et économique sur la Nubie. Outre le prestige de l'extension territoriale, la possession de cette région entre la 1re et la 3e cataracte du Nil donnait accès à des mines d'or et facilitait les échanges commerciaux avec l'Afrique d'où étaient importés des biens précieux comme l'ivoire et certains bois.
    Plusieurs forteresses furent construites par les Égyptiens le long du Nil au sud de la 2e cataracte ; des garnisons y furent installées pour maintenir le contrôle de la région. Dans la plus méridionale de ces forteresses, à Semna anciennement nommée Heh, le roi Sésostris III (1836-1818 av. n.è.) fit ériger deux stèles afin de marquer la limite du territoire égyptien. L'une porte la date de l'an 8, l'autre celle de l'an 16 de Sésostris III. Les deux se trouvent actuellement au musée de Berlin. La stèle de l'an 16 est en quarzite, elle mesure 160 cm de haut et 96 cm de large. Elle est inscrite de 21 lignes de texte hiéroglyphique gravées en dessous du signe d'un soleil ailé. Les deux premières lignes comportent la titulature du souverain : il s'agit d'une séquence stéréotypée de cinq noms qui furent fixés individuellement pour chaque roi lors de son couronnement ; les deux derniers noms s'écrivent dans un cartouche.
    La troisième ligne contient la date et une proclamation initiale qui ressemble à un titre : «An 16, le 3e mois de la saison peret. Sa majesté établit la frontière méridionale à Semna».
    La suite du texte prend la forme d'un discours prononcé à la première personne par le roi lui-même. C'est un discours hautement littéraire qui brosse le tableau du roi idéal dans un mélange d'auto-éloge et de narration. Ce discours est adressé à une audience idéelle, à la postérité.
    Ce texte comporte des éléments liés à différents genres littéraires. La relation avec les auto-biographies, un genre très développé au Moyen Empire, est évidente. En des termes élogieux, le roi présente les traits positifs de son caractère et les actions dont il est le plus fier. La protestation de véracité «ce n'est pas un mensonge» est un énoncé typique des auto-biographies, destiné à combattre l'incrédulité du lecteur/auditeur et à s'attirer son attention et sa sympathie (captatio benevolentiae).
    L'autre genre littéraire que l'on identifie clairement est celui des enseignements dans lesquels un père ou un haut-fonctionnaire, dans certain cas aussi un roi, instruit son interlocuteur en lui fournissant des descriptions de la bonne conduite, du comportement qui sied à chacun en fonction de son statut social. Ici il s'agit de la définition du roi parfait et du comportement qu'il doit adopter face aux «ennemis».
    Le texte est un large puzzle très habilement composé de lieux communs de la phraséologie utilisée pour présenter la politique et les idéaux royaux. Ces phrases et idées standard sont appelées topoi (sg. topos).


    Bibliographie pour la fiche
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