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    Modules > Sources écrites de l'Egypte ancienne > Textes "historiques": reflets de l'idéologie politique

    Annales et listes de rois

    La liste, une des formes d'expression écrite les plus anciennes, est restée très utilisée tout au long de la civilisation pharaonique. L'administration très perfectionnée enregistrait tout mouvement de denrées sur des listes, tenait des registres de biens, d'employés, de salaires, etc.
    La liste était aussi utilisée pour consigner des événements. Il existe plusieurs exemples d'annales dont un des plus anciens est la « Pierre de Palerme » (du nom du musée où il est conservé). Ce document fragmentaire comporte, gravé sur une plaque de pierre noire, une séries de cases rectangulaires verticales qui forment des registres horizontaux. Chaque case correspond à une année et note dans sa partie supérieure un événement marquant, en dessous la hauteur de la crue du Nil. Il s'agit généralement d'événements d'ordre cultuel (la célébration d'une fête, la consécration d'une statue, etc.) ou d'ordre militaire (une bataille). Chaque entrée est associée au nom du roi régnant. La pierre de Palerme recouvre une période d'au moins six siècles, mais le décompte des années du premier roi historique (Aha) est précédé d'une ligne de rois (sans indication d'années de règne) dont les noms sont inconnus par l'archéologie. Cette première ligne reflète peut-être simplement la conscience d'une époque « préhistorique », au-delà de l'installation d'un état et d'une administration unifiés.
    Un papyrus, malheureusement très fragmentaire est conservé au musée de Turin. Son recto (le «bon côté » utilisé en premier est inscrit d'une liste de personnel et datée de Ramsès II. Le verso fut utilisé pour la copie d'une liste de noms royaux assortis de la durée du règne de chaque souverain : « le roi (NN cartouche) a exécuté la royauté pendant x années, y mois, z jours. » Les rois y sont de surcroît classés par groupes qui correspondent approximativement aux dynasties de notre chronologie actuelle. Pour les besoins de l'administration et de la juridiction, on tenait donc des registres chronologiques précis et fiables. Le papyrus royal de Turin recouvre environ un millénaire et demi. La liste commence par l'énumération des dieux qui ont régné sur l'Égypte avant que Horus transmit la royauté au premier roi historique, toujours Ménès. Le document reflète la conception d'une période mythique au-delà du début «officiel» de l'histoire. Les rois régnants sont les successeurs des dieux.
    C'est sur une liste du type du papyrus royal de Turin que l'historiographe et prêtre Manéthon s'est basé pour compiler, au IIe siècle av.n.è., une histoire de l'Égypte, dans laquelle il a systématisé la subdivision en dynasties qu'il a numérotées de 1 à 30. Notre chronologie moderne utilise encore son système.
    Dans le temple funéraire de Séthi Ier à Abydos, une paroi entière est recouverte d'une liste de noms de rois : ils sont disposés en ordre chronologique, commençant par le fondateur toujours plus ou moins légendaire de l'État égyptien : Ménès. Puis suivent les rois importants de l'histoire. D'autres listes moins étendues de ce genre sont connues. Ce qui est caractéristique de ce type de listes, c'est qu'elles opèrent souvent un choix tout à fait politique ou idéologique de qui y figure et qui en est absent. Ainsi, les listes royales de la 19e dynastie passent sous silence l'existence de la reine Hatchepsout (à postériori considérée comme illégitime) de même que le roi Akhénaton (considéré comme « hérétique ») et tous ces successeurs, y compris Toutankhamon. Contrairement aux annales, ces documents n'écrivent donc pas une histoire réelle, mais une histoire officielle, tendancieuse.

    Bibliographie pour la fiche
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