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    Modules > Sources écrites de l'Egypte ancienne > Textes "historiques": reflets de l'idéologie politique

    Introduction

    Depuis la constitution de l'État pharaonique aux environs de 3000 av. n.è., un ensemble de conceptions définissait le rôle du roi qui gouvernait le territoire étendu de l'Égypte. Le pharaon était l'intermédiaire entre les hommes et les dieux. Les dieux le reconnaissaient comme leur fils et lui confiaient la gestion de leur création. Ils attendaient du roi un comportement intelligent et vaillant, la capacité de maintenir Maât, l'ordre social et cosmique instauré par les dieux. Une des fonctions du roi était aussi de maintenir, voire d'élargir, les frontières du pays et d'éviter un envahissement par des forces extérieures. Tous les pays environnants étaient assimilés à des ennemis qui menaçaient potentiellement l'intégrité de l'Égypte telle que les dieux l'avaient constituée.
    L'idéologie selon laquelle le roi était choisi par les dieux comme garant de la stabilité sociale, politique et même cosmique était profondément ancrée dans la civilisation égyptienne et a perdurée presque sans changements durant près de 3000 ans. Elle imposait à l'Égypte à presque toutes les époques une politique extérieure agressive. Même si les motivations réelles des campagnes militaires contre les pays environnants 'la Syro-Palestine et la Nubie principalement' étaient d'ordre économique (approvisionnement en matières premières), la justification était toujours d'ordre idéologique («repousser les ennemis»). Cette idéologie devait constamment être réaffirmée. Un discours officiel stéréotypé proclamait l'accomplissement du devoir royal de «repousser les ennemis» et sa victoire contre les forces étrangères. Ces textes sont principalement gravées sur des stèles et affichés dans les temples. S'ils mentionnent toujours la date d'une campagne militaire et «l'ennemi », ils ne nous fournissent aucun renseignement objectif sur les conditions réelles et l'ampleur d'une confrontation. Le roi est en général présenté comme le seul acteur, indépendamment du fait qu'il ait réellement accompagné une campagne ou non. Ces textes ne constituent donc nullement des sources historiques dans notre sens du terme, mais des sources culturelles qui affirment une conception centrale pour la Weltanschauung égyptienne.
    Ces « textes historiques » parlent un langage proche des textes religieux ; les conceptions mythiques sont très présentes : le roi agit en fils méritant pour son père, le dieu Amon ou un autre dieu. Il peut être identifié lui-même à un dieu guerrier, Montou ou Horus. Certains textes possèdent aussi des traits communs avec la littérature, avec les autobiographies, les enseignements (3.3) ou les contes (3.4).
    À l'exception des annales (3.2), l'Égypte n'a guère développé d'historiographie, il n'y a pas de chroniques destinées à relater un événement avec une relative objectivité. En dehors des campagnes militaires à l'étranger ou d'incidents impliquant directement le roi, aucun événement ne fut jugé digne d'être consigné par écrit sur un support durable. Ceci est la raison principale pour laquelle nous ignorons presque tout de la politique intérieure ou d'éventuelles tensions à l'intérieur du pays.

    Liens

  • Chronologie
    (en anglais)

  • Bibliographie pour la fiche
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