UniFR Logo
    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Les mythes et la mythologie

    L’exégèse antiquaire des rituels

    Pour quelle raison vendent-ils les articles funéraires dans le temple de Libitina qu’ils (sc. les Romains) identifient à Aphrodite?
    Est-ce encore une des sages institutions du roi Numa, afin qu’ils apprennent à ne pas avoir de répugnance pour telles choses et à ne pas les fuir comme des souillures? Ou est-ce, plutôt, une manière de rappeler que ce qui est né doit périr, puisqu’une seule et même déesse préside aux naissances et aux morts? En effet, à Delphes, il y a une petite statue d’«Aphrodite au tombeau» auprès de la quelle on évoque les défunts pour leur offrir des libations (Plutarque, Questions romaines, 23, trad. M. Nouilhan, J.-M. Pailler, P. Payen).

    À Rome – affirme Plutarque – on vend des articles funéraires dans le temple d’une divinité, Libitina, qui est considérée comme le correspondant romain de la déesse grecque Aphrodite, protectrice de l’amour et de la sexualité. Pourquoi? Plutarque l’explique de deux manières : par un mythe (cet usage remonterait au sage roi Numa, qui l’institua pour rendre les hommes familiers avec les rites funéraires), ou par une argumentation philosophique (la mort implique aussi une régénération et c’est pour cela que les deux phénomènes appartiennent au domaine de la même déesse). Pour illustrer ce dernier aspect, Plutarque cite un parallèle grec : une statue d’Aphrodite qui se trouve à Delphes en contexte funéraire.
    Ce texte de Plutarque constitue un exemple parmi bien d’autres d’une activité exégétique très courante dans les mondes grec et romain. Nous la désignons sous le terme d’«étiologie », un néologisme signifiant « la recherche des causes » (du grec aition). Les œuvres étiologiques sont des sortes de traités, en prose ou en poésie, qui s’interrogent sur les origines des phénomènes religieux, mais aussi culturels, physiques etc. Cependant, il ne faut pas considérer ces œuvres comme des recherches scientifiques au sens moderne du terme. Comme nous le constatons dans le passage de Plutarque, le processus de la recherche des causes n’aboutit pas nécessairement à une explication unique et véridique du rituel. L’auteur des étiologies ne choisit pas entre les différentes solutions qu’il propose. En effet, dans des religions ritualistes, comme les polythéismes anciens, qui ne connaissent ni dogme et ni credo, l’explication du rituel reste ouverte, multiple et susceptible de changements déterminés par l’époque, les connaissances et les préférences de chaque auteur. Plus que le fait de trouver une réponse unique, ce qui compte dans ce type d’activité spéculative est donc le questionnement : cela permet de réfléchir autour du rituel, d’illustrer ses différents aspects et ses nuances, de le présenter comme faisant partie de l’histoire, de la mythologie et de l’identité d’un peuple. En définitive, réfléchir sur une donnée cultuelle par la recherche de ses causes permet de la saisir en profondeur.


    Bibliographie pour la fiche
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse