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    Modules > Guerre sur terre et sur mer aux époques classique et hellénistique > Période classique

    La nouvelle donne : Thèbes et la Macédoine

    "Lui cependant menait son armée les éléments de choc en avant, comme la proue d'une trière, avec l'idée qu'en faisant la brèche au point où il attaquerait, il détruirait complétement l'armée ennemie. De fait, c'est avec l'aile la plus forte qu'il se préparait à combattre, tandis qu'il refusait l'autre; il savait bien que la défaite de cette dernière amènerait le découragement chez ses hommes, et donnerait du coeur à l'ennemi. Pour la cavalerie, l'ennemi l'avait déployé comme une ligne d'infanterie, sur une profondeur de six, et sans auxiliaires à pied. Epaminondas, au contraire avait fait aussi de sa cavalerie une puissante troupe de choc, il y avait adjoint des auxiliaires à pied, avec l'idée que, une fois que la cavalerie aurait fait sa brèche, elle aurait assuré la défaite de tout ce qui était en face d'elle; car il est bien difficile de trouver des gens disposés à tenir, lorsqu'ils voient s'enfuir quelques uns des leurs." Xénophon, Helléniques, VII, 5, 23-24

    Depuis la fin de la Guerre du Péloponnèse et la défaite d'Athènes en 404 av. J.-C., Sparte est la puissance hégémonique en Grèce. Cette prépondérance va connaître un arrêt brutal lors de la révolte de Thèbes et la défaite de Leuctres en 371 av. J.-C. Deux hommes vont alors mener Thèbes à la hauteur de leurs ambitions : Epaminondas et Pélopidas.
    La principale gloire d'Epaminondas réside dans ses innovations tactiques qui lui ont permis de vaincre la phalange lacédémonienne. La plupart des généraux placent leurs meilleurs soldats à l'aile droite débordante pour atténuer l'effet du glissemernt latéral, othismos (voir la fiche 1.2). Le général thébain, quant à lui, va disposer le bataillon sacré, la troupe d'élite thébaine, sur le flanc gauche de sa phalange. Pour augmenter la puissance de cette aile, la phalange est déloyée sur une profondeur de cinquante rangs. Cette manoeuvre a pour effet de submerger le flanc opposé disposé sur une profondeur moindre et de mettre en fuite le général et l'élite de l'ennemi. Parallèlement à cette action, le flanc droit thébain reste en arrière et ne recherche pas le combat. La fuite ou le massacre d'une des ailes doit, aux dires de Xénophon, décourager l'autre d'engager le combat. Cette innovation tactique remporte un succès important à Leuctres et permet aux Thébains de battre l'invincible phalange lacédémonienne et de lui tuer un millier d'hommes. Sur les 700 Spartiates présents à la bataille, plus de la moitié périssent.
    Neuf ans plus tard, c'est avec cette même tactique qu'Epaminondas remporte la bataille de Mantinée (362 av. J.-C.). Sa mort au cours de la bataille va sonner cependant le glas de l'hégémonie de Thèbes, incapable de maintenir cet état de fait.
    Le IVe siècle voit aussi l'émergence d'une nouvelle puissance militaire: la Macédoine. Restée pendant presque toute la période classique en marge du monde grec, la Macédoine subit les contrecoups des guerres médiques et de la guerre du Péloponnèse sans tenir de rôle prépondérant. Les raisons principales de cette passivité résultent de la grande instabilité de la monarchie macédonienne et la faiblesse de son armée. Ne disposant que de peu de cités, la Macédoine ne peut aligner, en effet, qu’un très petit nombre d’hoplites. La majorité des paysans macédoniens n’a pas les capacités financières nécessaires à l’achat d’un équipement hoplitique. La Macédoine, comme la Thessalie voisine, possède en revanche une cavalerie réputée.
    Un homme va changer cette donne en Macédoine: le roi Philippe II. Réorganisant son royaume dans de nombreux domaines, il porte une attention toute particulière à son armée. Il donne à ses paysans un équipement nouveau et crée une infanterie intermédiaire entre la lourde phalange hoplitique et les peltastes: la phalange macédonienne. Certains historiens attribuent les changements apportés à la phalange macédonienne à une influence thébaine, due à la présence de Philippe en Béotie comme otage du temps d’Epaminondas et de Pélopidas.
    Philippe II va, en peu d'années, révolutionner l'art de la guerre. Outre l'invention de la phalange macédonienne, il développe la poliorcétique, notamment par l'utilisation intensive de machines et par l'invention de l'assaut continu, il donne un rôle important à la cavalerie lors de la bataille rangée et prolonge le temps de guerre pendant l'hiver. Ces innovations lui permettent d'étendre la zone d'influence macédonienne en Thrace et d'imposer sa loi aux cités grecques (Ligue hellénique en 345 av. J.-C.). Elles rendent possible la conquête de l'Empire perse par son fils, Alexandre le Grand.


    Notes


    Bibliographie pour la fiche
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