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    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Les mythes et la mythologie

    L’exemple du mythe de Prométhée

    Si l’on en croit Hérodote, ce sont Homère et Hésiode qui ont véritablement élaboré la représentation des dieux grecs en les dotant d’épithètes, d’attributs et en les insérant dans les intrigues que sont les mythes. À Homère sont attribuées l’Iliade et l’Odyssée, deux récits épiques qui constituent la fixation écrite d’une récitation séculaire. L’Iliade raconte quelques épisodes du siège de la ville de Troie par les Grecs désireux de récupérer la belle Hélène enlevée par Pâris. L’Odyssée, sous un mode plus «romanesque», raconte les nombreuses péripéties du voyage de retour d’Ulysse, de Troie à son royaume d’Ithaque. Les dieux, structurés en famille, interviennent sans cesse dans l’intrigue, mais l’épopée ne livre en quelque sorte qu’un «instantané» de la société divine. Par contre, dans la Théogonie d’Hésiode, c’est la mise en place du cosmos et la prise du pouvoir divin par Zeus qui sont racontées, sous une forme généalogique dans laquelle s’intercalent quelques développements narratifs. C’est l’un d’entre eux qui présente les mésaventures de Prométhée, qui est ici choisi.
    Prométhée, de la génération des Titans, entreprend de s’opposer par la ruse à Zeus, le jeune souverain des dieux. Au cours d’un repas entre hommes et dieux dont on ne voit que le bœuf, il répartit inégalement l’animal puisqu’il en réserve aux dieux la moins bonne part sous une apparence appétissante. Grande est la colère de Zeus qui soustrait aux humains le feu qu’il leur accordait sous la forme de la foudre. Prométhée commet alors sa seconde faute : il vole le feu pour le donner à l’humanité, laquelle reçoit dès lors, ultime punition de Zeus, la femme désormais nécessaire à la reproduction.
    Ce mythe constitue ce que l’on appelle une étiologie (<aitia, la cause, et legein, dire, étudier), c’est-à-dire le récit fondateur d’une pratique par l’exposé de l’acte premier. Le mythe de Prométhée, de ce point de vue, fonde la condition humaine : après une bienheureuse proximité avec les dieux (que semble attester le repas pris en commun), l’homme devra cultiver la terre pour se nourrir, en passer par la femme pour se reproduire et sacrifier aux dieux pour les honorer. Est ainsi rituellement réaffirmée la différence entre l’immortel incorruptible qui se nourrit de fumée et l’homme contraint d’absorber la chair des animaux et les produits de la terre pour survivre.
    Ce mythe tient lieu d’anthropogonie dans l’œuvre d’Hésiode : la définition de l’humanité n’est pas directement liée à sa «création» dont on ne sait rien, mais aux impératifs de sa condition. Ce ne sera plus le cas dans la Bibliothèque du pseudo-Apollodore où Prométhée crée véritablement les hommes. D’autres auteurs ont exploité ce mythe, dans des sens divers : Eschyle et Platon, notamment.



    Bibliographie pour la fiche
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