UniFR Logo
    Modules > Religions grecque et romaine : notions et méthodes > Les mythes et la mythologie

    L’origine des mots et la difficulté d’une définition.

    "On peut tout faire avec des mythes, les raconter, les réduire à des schémas, les réécrire ou les rêver."
    S. Saïd, Approches de la mythologie grecque, p. 110.

    Comme pour l’ensemble des concepts de «religion», de «sacré», la difficulté du mot «mythe» tient à son origine antique. Le mot qui nous est familier provient du grec muthos. Jusqu’au Ve s. av. J.-C., muthos désigne n’importe quelle sorte de récit ou de discours. Ensuite, dans l’opposition qui s’installe entre discours vrai et discours fictif ou même faux, le muthos se place très progressivement du côté du fictif et du faux, de la distraction plus ou moins ludique et du mensonge. Les historiens, comme Hérodote, mais surtout Thucydide, tentent d’opposer le mythe à l’écriture de l’histoire en se fondant sur le critère de vérification des informations : ce qui sort du champ du vérifiable entre dans celui du mythe. Mais ce constat est assorti, pour nous modernes, d’une difficulté, au moins double :
    1) si le mot muthos peut parfois désigner ce discours invérifiable, le mot logos remplit le même rôle dans un bon nombre de cas, à côté d’autres occurrences où il désigne un discours argumenté et vérifiable;
    2) la ligne de démarcation que les Anciens placent entre le récit invérifiable (muthos ou logos selon les cas) et le récit faisant l’objet de l’écriture de l’histoire ne coïncide pas véritablement entre ce que nous appelons respectivement le mythe et l’histoire. Le temps des dieux, celui des héros et celui des hommes est vu dans une continuité où Minos, Thésée, Œdipe et Héraclès possèdent une épaisseur historique au même titre que Solon, Crésus ou Périclès. La différence entre eux, pour les Grecs, est plus une différence de degré que de nature : la longueur du temps et la récitation séculaire des poètes ont généré des affabulations qui ont surchargé le récit de la vie des premiers, tandis que la mémoire humaine peut encore atteindre les seconds.
    Double difficulté donc : impossibilité de faire coïncider le mot grec et son correspondant moderne, d’une part, impossibilité de faire coïncider notre distinction mythe/histoire avec celle des Anciens. Dès lors, comment définir ce qu’est un mythe ? On s’accorde généralement à y voir un «récit traditionnel». Comme l’a écrit Suzanne Saïd, «les problèmes commencent quand on tente de préciser lequel». Quelques tentatives de définitions données en note montrent bien la difficulté. À titre d’hypothèse de travail, on peut choisir la définition que livre J. Rudhardt : "Nous sommes ainsi amenés à considérer le mythe comme une forme de la raison visant à élucider l’expérience que, dans les conditions contingentes de son existence dans le monde et dans l’histoire, l’homme fait de son rapport avec le divin, à approfondir son expérience de la sacralité, à comprendre le monde et l’histoire eux-mêmes en considération du sens religieux qui se révèle dans cette expérience continue – que l’intelligence conceptuelle est impropre à analyser" (J. Rudhardt, Du mythe..., p. 175).



    Bibliographie pour la fiche
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse