UniFR Logo
    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Cité et organisation sociale

    Pratiques de la justice

    Phoinix évoquant la querelle qui l'oppose à son père : "Je voulus le tuer avec le bronze tranchant, mais l'un des immortels calma mon courroux en rappelant à mon cœur la voix du peuple et les nombreux blâmes qui viennent des hommes: je n'aurais pas voulu être appelé parmi les Achéens du nom de parricide." Iliade. IX 458-461

    Ce n'est pas ici la menace d'une loi humaine mais une intervention divine et la crainte de l'opinion publique qui dissuade Phoinix d'accomplir son geste meurtrier. Dans les années 1900, les historiens du droit évoquaient cet exemple pour nier l'existence, dans la Grèce d'Homère, d'une loi sur le parricide. On doit à Gustave Glotz d'avoir réagi à ce jugement négatif en reconnaissant, dans le monde homérique, un double niveau de justice: une justice familiale, la themis, et une justice inter-familiale, la dikê. La thèse de Glotz retrouve l'idée d'une société de la famille qui aurait sa justice propre. Mais cette thèse rencontre deux difficultés majeures; comme preuve d'une justice familiale, Glotz ne trouve d'autre exemple que celui des Cyclopes de l'Odyssée qui font chacun leur loi et n'ont point "d'agora où l'on délibère ni de lois" (IX 106; cf. aussi 112 et 215): exemple contradictoire puisque les Cyclopes apparaissent surtout comme des "hors la loi" (athemistes). Par ailleurs, l'examen des occurrences des termes dikê et themis ne permet pas d'illustrer une opposition entre deux niveaux de justice. Ces deux difficultés considérées, il faut renoncer à l'idée de retrouver dans le vocabulaire la confirmation d'une opposition entre deux formes de justice.
    Dans les faits, on peut vérifier une série de cas où le chef de famille prononce une sentence, le plus souvent d'exil, contre un membre de sa famille (fils, gendre), mais à chaque fois ce chef de famille est aussi un roi qui a ce titre est censé rendre justice. Les Erinyes non plus ne sont pas exclusivement préposées à la vengeance des crimes de sang (cf. Iliade, XIX 86; Odyssée, XVII 475). La distinction entre une justice familiale et inter-familiale, qui a tant occupé les homéristes, reste difficile à démontrer et il n'est pas sûr qu'elle soit fondamentalement utile. Mais surtout, il apparaît que la justice n'est pas dans le monde homérique une fonction spécialisée; il n'existe pas de lois écrites mais des themistes, des sentences ou des jugements rendus oralement par le roi et qu'il tient de Zeus. Est-ce à dire que Zeus inspire le roi quand il rend justice ou s'agit-il de sentences traditionnelles dont l'origine remonte à Zeus? Il n'est pas possible de trancher, mais il est intéressant de relever que la justice se rend publiquement sur l'agora et qu'elle peut être l'occasion d'un débat soigneusement arbitré.



    Bibliographie pour la fiche
Antiquit@s est un projet du Campus Virtuel Suisse - Contact : sandrine.codourey(at)unifr.ch & Centre NTE - Université de Fribourg - Suisse