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    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Cité et organisation sociale

    Classes sociales et esclaves

    Eumée à son visiteur en parlant de son maître Ulysse : "Ah! celui dont les dieux entravent le retour, quels soins et quels égards il aurait eus pour moi! il m'aurait établi! maison (oikon), lopin de champ et femme de grand prix, il m'aurait accordé tout ce qu'on peut attendre du bon cœur de son maître, après un long travail que bénissent les dieux." Odyssée, XIV 63-66.

    La société homérique est globalement divisée en deux couches. Prenons l'exemple du catalogue des vaisseaux: aux héros qui méritent d'être nommés, commandants de contingents et propriétaires de maisons et de terres s'oppose la foule des combattants que l'aède ne saurait nommer même s'il avait dix langues et une voix indestructible (Iliade, II 484 et ss.). A la couche supérieure appartiennent ainsi ceux qui sont rois ou chefs (basileus et anax), qui possèdent le pouvoir et l'essentiel des richesses, qui combattent aux premiers rangs et font la différence sur le champ de bataille. Leur supériorité et leurs privilèges sont justifiées par leur excellence à la guerre. Parmi la masse des combattants, la plupart semble provenir d'un monde paysan libre. Ce sont de petits propriétaires qui cultivent leur terre et vont à la guerre pour y conquérir quelque butin. Dans l'Iliade, l'aède ne les nomme pas ou simplement pour dire qu'ils meurent.
    Entre la couche supérieur constituée par les héros et la majorité des combattants anonymes, la différence n'est pas seulement économique et sociale, elle est aussi éthique. La poésie homérique oppose à plus d'une reprise l'excellence des rois à la lâcheté des gens du laos (Iliade, II 197-202): c'est peut-être cette différence de nature qui explique un certain repliement de l'aristocratie sur elle-même. Remarquons que l'économie du monde homérique tend à confirmer cette situation. Pour un homme libre, le travail salarié est très mal vu: on connaît le cas des thètes, ces hommes libres qui ont perdu leur autonomie et qui sont obligés de vendre leur travail à des plus riches. C'est un déshonneur qui les rabaisse au niveau des mendiants. En principe, le petit paysan travaille pour lui et non pour un homme plus riche. Le cas des esclaves est différent. C'est la guerre qui permet d'alimenter le marché de l'esclavage: lors de la défaite, les hommes étaient tués tandis que les femmes et les enfants étaient enlevés comme esclaves. Prisonnier de guerre, un esclave peut avoir une origine noble et ne pas être responsable de son malheur, contrairement au mendiant ou au thète. Eumée est ainsi le descendant d'une noble famille et Ulysse n'ignore pas l'origine réelle de celui qui est devenu son esclave, un esclave auquel il n'exclut guère de rendre un jour la liberté.




    Bibliographie pour la fiche
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