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    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Cité et organisation sociale

    Figures de rois et de souverains

    "Alors Antinoos, fils d'Eupithée, lui dit: «Télémaque, ce sont les dieux, je pense, qui t'apprennent à te montrer si fanfaron et si hardi! Souhaitons donc que Zeus, dans Ithaque des eaux, te refusent la royauté attachée à ta race!» Télémaque le réfléchi lui dit en réponse: «Ne t'en déplaise, Antinos, si cet honneur Zeus voulait me le confier, j'accepterais. Penses-tu que ce soit un si grand malheur parmi les hommes? Régner (basileuemen) n'est pas un mal: c'est bientôt la maison () qui s'enrichit et pour soi-même l'honneur est plus grand. Mais des rois (basilêes) achéens, dans Ithaque des eaux, il est vrai qu'il n'en manque pas, jeunes ou vieux: que l'un d'eux prenne le pouvoir puisque Ulysse n'est plus; moi,je serai chef (anax) de ma maison et des esclaves qu'il m'a ramenés de ses pillages»" Odyssée, I 386-398 (trad. P. Jaccottet).
    La société homérique est d'autant plus difficile à analyser que le statut exact de ses gouverneurs reste flou. Le terme basileus, employé ici par Antinoos et qui prendra par la suite le sens de roi, sert en fait à désigner la plupart des héros, mais on aurait tort de trop banaliser le sens de ce terme en le réduisant à un simple titre de noblesse. Dans la poésie homérique, le basileus est détenteur d'un pouvoir qui est tout à la fois politique, religieux et juridique. Mais le basileus ne règne pas sur un état ou un peuple en monarque absolu; son pouvoir est relatif et peut-être notamment être subordonné à celui d'un autre basileus. C'est le cas en Phéacie et dans le camp des Achéens. Il y a en Phéacie, treize rois (basilêes) qui participent à l'assemblée et qui règnent mais qui n'en sont pas moins soumis à Alcinoos, roi des rois (Odyssée, VI 54 et VIII 390-1). Le camp des Achéens rassemble une population de rois venus de toute la Grèce; mais Ulysse le dit, dans un groupe il ne peut y avoir qu'un chef! Et c'est à Agamemnon que revient ce privilège, lui qui est "le plus roi de tous" (basileutatos; Iliade, IX 69). Faut-il chercher un modèle d'organisation politique derrière ces données? On peut imaginer que certains territoires gouvernés par un basileus n'en sont pas moins inscrits dans des unités plus grandes. Dans sa réponse, Télémaque oppose ainsi le nombre de "rois" présents à Ithaque et le pouvoir exercé par un seul d'entre eux. Parle-t-il ironiquement comme le pense P. Carlier ou évoque-t-il une île d'Ithaque ou différentes maisons royales seraient soumises à l'autorité d'Ulysse? Les données manquent pour trancher de manière certaine.
    Le basileus, en tant que roi, jouit d'un geras, un privilège comportant à la fois honneur et avantages matériels. Dans le partage du butin de guerre, le geras est la part qui revient au roi en guise d'honneur. Relevons aussi que le roi bénéficie d'un temenos, un domaine d'assez grande taille qui comprend en général des terres à blé et des vignobles.



    Bibliographie pour la fiche
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